Intervention sur l’exposé de P. Mâle « La formation du caractère chez l’enfant – la part de la structure et celle des événements » publié dans l’Évolution Psychiatrique, 1936, fascicule n° 1, pages 57-58.

 

Exposé de P. Mâle […]

 

(57)Discussion :

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M. Lacan. – J’ai trouvé dans cette conférence les éléments de critique à l’égard de la psychanalyse. Sans doute portent-ils à plein contre la conception freudienne classique. Mais il faut considérer qu’une révision des valeurs s’impose en psychanalyse car la doctrine orthodoxe, si (58)elle restait la seule en jeu, ne tarderait pas à apparaître comme une simple doublure des théories génétistes de l’activité instinctive. Chez Freud, le génie n’a pas étouffé le biologiste, c’est ce qui explique sa passion de rattacher tout à une infrastructure qui reste souvent mythologique. La vraie originalité de la psychologie humaine, c’est le progrès dans l’ordre représentatif, c’est-à-dire l’acte par lequel l’homme prend possession du monde sous une forme représentative qui est essentiellement capacité répétitive. C’est cela qui doit être fondamental dans la psychanalyse, et c’est cela qui a pu faire dire à certains psychanalystes que les instincts n’existent pas. Le complexe est une rénovation originale, c’est une perspective du monde. À la notion d’histoire des événements, il faut substituer autre chose. La grande découverte de l’analyse, c’est moins la sexualité infantile (simple trouvaille d’expérience) que l’influence formatrice de la famille, famille donc la nature est irréductible à un fait biologique car c’est une réalité culturelle. Ainsi envisagée dans son mouvement légitime, la psychanalyse n’est pas atteinte par les arguments qui ont été développés par Mâle. Certaines insuffisances des automatismes psychomoteurs sont formatrices à l’égard de ce tout vivant qui est le développement de la personnalité qui intègre dans son unité automatisme et symbolisme. Il y a quelquefois entre ces composantes des écarts étonnants. C’est ainsi, pour reprendre un exemple cité par Mâle, que la coordination motrice de la vision peut être précédée de la fixation élective du visage humain. Cela est bien remarquable de la précession des valeurs symboliques sur l’automatisme oculo-labyrinthique.

 

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