Lettre de Jacques Lacan aux membres de l’Assemblée de la Société Psychanalytique de Paris, publié dans « La scission de 1953 » (Supplément à Ornicar ?) 1976 n° 7 pages 52-53.

(52)Mon cher collègue,

 

Le texte ci-joint ne représente pas les propositions d’un groupe. Je ne l’apporte pas non plus en mon seul nom.

En remerciant l’Assemblée qui m’a élu à la charge provisoire de l’Institut, j’ai dit quelle fonction j’entendais y remplir. Je la remplis.

Le texte que je vous présente peut hâter le vote des statuts. Encore faut-il souligner que j’y ai visé non le compromis, mais l’accord.

Il ne s’oppose en rien à mon sens aux principes du statut proposé par notre Président. Bien plus, à les rapprocher des idées qui ont guidé les rédacteurs du programme des cours, je crois en avoir reconnu le bien-fondé.

Puisque notre division semblait faire obstacle à cette reconnaissance, j’ai pensé qu’il ne manquait que d’intégrer à ce statut la raison de cette division. Car nous sommes de ceux qui croient que tout ce qui est, a une raison d’être.

Et si mon texte justement s’étend un peu sur la raison de son dispositif, vous constaterez qu’il sera facile d’y couper court, dès qu’il nous aura mis d’accord.

Si vous me permettez maintenant, en faveur des vœux de la nouvelle année et de la licence rituelle qui s’y relie dans toutes les traditions, d’user de la plaisanterie intime, je vous dirai que je présente ici à notre corps morcelé l’instrument d’un miroir où veuille le ciel qu’il anticipe son unité.

S’il en était ainsi, notre dissension prendrait, après coup, son sens : nachträglich, comme s’exprime notre maître pour mettre en (53)relief moins la déformation que l’histoire, que la genèse même du souvenir.

Nous comprendrons alors que c’est parce que notre fondation n’était pas vaine, que nous avons sacrifié à cette Discorde, qu’Héraclite met à l’origine de tout et à laquelle nous, analystes, donnons un autre nom.

Croyez-moi votre tout dévoué

 

Jacques Lacan