Intervention sur l’exposé de Monsieur Hesnard : « Réflexions sur le Wo Es war, soll Ich werdern de S. Freud) à la Société Française de Psychanalyse le 6 novembre 1956. Paru dans La psychanalyse, 1957 n° 3 page 323-324.

[…] (323)Pr lagache. – Il faut néanmoins différencier les deux termes. Avant 1920 Freud parle de Moi Idéal. Plus tard de Sur-Moi et de Moi Idéal. Il y a une différence génétique entre les deux en tant que le Surmoi est l’héritier du conflit œdipien tandis que le Moi Idéal est l’héritier du Narcissisme. Le Pr Lagache ne comprend pas pourquoi le Dr Hesnard reste aussi « réactionnaire » dans ses conceptions.

Le Pr Lagache pense qu’il y a une différence importante entre les deux. Le concept du Moi, ne désigne pas une réalité saisissable par l’expérience consciente ; ce n’est pas non plus un objet visé par l’expérience consciente. Le Moi de Freud n’était ni l’un, ni l’autre. Le Moi est un concept théorique, ni conscient, ni inconscient, mais extraconscient.

 

hesnard. – Le Moi est vraiment instanciel…

 

Pr Lagache. – Les instances se définissent dynamiquement. Le Moi est un agent régulateur de l’expression et de la répression si on peut en parler ainsi, mais ce n’est pas ainsi qu’en parle Freud.

L’Idéal du Moi est un objet de pensée tout à fait différent.

 

Hesnard. – Le Moi idéal idéalise l’objet, et généralement l’idéalise mal…

 

Lagache. – Il faut identifier ces concepts. Mon sentiment est que cette terminologie et ce système instanciel sont compliqués. Il ne croit pas que toute la théorie est dans la théorie des trois instances. Il existe différentes définitions du Ça : l’inconscient, les demandes corporelles de l’instinct, etc. La définition du Ça et du Moi reste souvent imprécise. Un des cas que je rapporterai dans lequel on aurait dit que l’attachement de l’enfant à sa mère dépend du Moi identificateur, à son père, du Ça. En fait le Ça peut correspondre à certaines identifications, certaines pulsions du sujet sont des identifications.

 

Dr Dolto. – Considère qu’il y a une différence entre Surmoi et Moi idéal. Le Surmoi peut être comparé à un poids qui pèse sur le Moi. Dans l’Idéal du Moi il y a autre chose. Le Moi est soumis à des pulsions (Es). On pourrait le représenter par un vecteur de Es et dirigé vers l’Idéal. Il y a attraction vers le haut, c’est-à-dire vers le Père et la Mère.

Mme Dolto introduit la notion de malaise. Le malaise est créé par l’obstacle. Dès la naissance le bébé aime à se vider (de son méconium) et réalise ainsi une première identification. Il présente d’ailleurs une mimique, qui est celle du malaise, et implique le début de l’identification.

 

Audouard. – Du point de vue philosophique il existe plusieurs phénoménologies. Dans le cercle de la phénoménologie scientifique on rappelle des catégories anciennes. Dans une autre phénoménologie on parle des trois instances vécues par chaque sujet. Il faut bien distinguer ces deux ordres. Le Moi est extérieur à l’un et l’autre cercle. Ce soir nous nous demandons où se fait la jonction. La notion de Moi se situe comme un essai de médiation entre les deux.

 

Lacan. – Les questions posées ce soir sont plutôt stimulantes. Si des portes sont restées ouvertes c’est parce qu’elles donnent sur ce qu’il y a de plus profond. Le Moi est une notion essentiellement structurale qui dépasse sa définition par la conscience.

(324)Les termes qu’on a cherché à élucider sont ceux de la fonction du Moi. Les notions d’imaginaire et des fonctions de l’imaginaire restent essentielles, car elles ouvrent sur toutes les faces du Moi. Le Moi joue le rôle d’écran dans la relation à la réalité, telle que je l’ai figurée dans mon schéma en Z, la relation à l’autre, à l’autre absolu, à l’autre avec un grand A.

Le Moi est un lieu d’être, pas uniquement une localisation, différente d’un lieu interne. Extériorité par rapport au sujet du Es.

Le War est très important. Cette passéité est une dimension essentielle du Es. Alliée à la construction des symptômes dont la nature est nachträglich… Repris dans un élément, dans un mouvement signifiant, et situé dans une chaîne signifiante. C’est en tant que Moi que le Ça doit devenir mouvement du présent vers le passé, autour d’un pivot qu’est la virgule.

Lacan se demande qui est mieux placé que les analystes pour élucider ce qu’est le Moi. Si nous, les analystes en étions incapables, ou du moins pas mieux armés, ce ne serait pas la peine d’être analyste.

 

Mme Favez-Boutonier clôture la séance en rappelant à quel point l’exposé de Hesnard a été stimulant et comment s’y rejoignent les notions philosophiques et psychanalytiques.