Intervention sur l’exposé de Michel Foucault « qu’est ce qu’un auteur ? » in Bulletin de la Société française de philosophie 1969 n° 3 page 104 – Rééditions : Littoral n° 9 Juin 1983 et Michel Foucault, Dits et écrits Tome I p. 789-821, Gallimard, 1994. Lacan prend la parole à la suite des nombreuses interventions réagissant à l’exposé de Michel Foucault.

Dr J. Lacan – J’ai reçu très tard l’invitation. En la lisant, j’ai noté, dans le dernier paragraphe, le « retour à ». On retourne peut-être à beaucoup de choses, mais, enfin, le retour à Freud c’est quelque chose que j’ai pris comme une espèce de drapeau, dans un certain champ, et là je ne peux que vous remercier, vous avez répondu tout à fait à mon attente. En évoquant spécialement, à propos de Freud, ce que signifie le « retour à », tout ce que vous avez dit m’apparaît, au moins au regard de ce en quoi j’ai pu y contribuer, parfaitement pertinent.

Deuxièmement, je voudrais faire remarquer que, structuralisme ou pas, il me semble qu’il n’est nulle part question, dans le champ vaguement déterminé par cette étiquette, de la négation du sujet. Il s’agit de la dépendance du sujet, ce qui est extrêmement différent ; et tout particulièrement, au niveau du retour à Freud, de la dépendance du sujet par rapport à quelque chose de vraiment élémentaire, et que nous avons tenté d’isoler sous le terme de « signifiant ».

Troisièmement, – je limiterai à cela mon intervention – je ne considère pas qu’il soit d’aucune façon légitime d’avoir écrit que les structures ne descendent pas dans la rue, parce que, s’il y a quelque chose que démontrent les événements de mai, c’est précisément la descente dans la rue des structures. Le fait qu’on l’écrive à la place même où s’est opérée cette descente dans la rue ne prouve rien d’autre que, simplement, ce qui est très souvent, et même le plus souvent, interne à ce qu’on appelle l’acte, c’est qu’il se méconnaît lui-même.