In Scilicet 2/3, Paris, Seuil, 1970, pp. 55-99.

 

(55)Question I : Dans les Écrits, vous affirmez que Freud anticipe, sans s’en rendre compte, les recherches de Saussure et celles du Cercle de Prague. Pouvez-vous vous expliquer sur ce point ?

 

Réponse[1] : Votre question me surprend d’emporter une pertinence qui tranche sur les prétentions à « l’entretien » que j’ai à écarter. C’est même une pertinence redoublée, – à deux degrés plutôt. Vous me prouvez avoir lu mes Écrits, ce qu’apparemment on ne tient pas pour nécessaire à obtenir de m’entendre. Vous y choisissez une remarque qui implique l’existence d’un autre mode d’information que la médiation de masse : que Freud anticipe Saussure, n’implique pas qu’un bruit en ait fait prendre conscience à l’un non plus qu’à l’autre.

De sorte qu’à me citer (vous), j’ai répondu déjà à votre citation avant de m’en rendre compte : c’est ce que j’appelle me surprendre.

Partons du terme d’arrivée. Saussure et le Cercle de Prague produisent une linguistique qui n’a rien de commun avec ce qui avant s’est couvert de ce nom, retrouvât-elle ses clefs entre les mains des stoïciens, – mais qu’en faisaient-ils ?

La linguistique, avec Saussure et le Cercle de Prague, s’institue d’une coupure qui est la barre posée entre le signifiant et le signifié, pour qu’y prévale la différence dont le signifiant se constitue absolument, mais aussi bien effectivement s’ordonne d’une autonomie qui n’a rien à envier aux effets de cristal : pour le système du phonème par exemple qui en est le premier succès de découverte.

On pense étendre ce succès à tout le réseau du symbolique en (56)n’admettant de sens qu’à ce que le réseau en réponde, et de l’incidence d’un effet, oui, – d’un contenu, non.

C’est la gageure qui se soutient de la coupure inaugurale.

Le signifié sera ou ne sera pas scientifiquement pensable, selon que tiendra ou non un champ de signifiant qui, de son matériel même, se distingue d’aucun champ physique par la science obtenu.

Ceci implique une exclusion métaphysique, à prendre comme fait de désêtre. Aucune signification ne sera désormais tenue pour aller de soi : qu’il fasse clair quand il fait jour par exemple, où les stoïciens nous ont devancé, mais j’ai déjà interrogé : à quelle fin ?

Dussé-je aller à brusquer certaines reprises du mot, je dirai sémiotique toute discipline qui part du signe pris pour objet, mais pour marquer que c’est là ce qui faisait obstacle à la saisie comme telle du signifiant.

Le signe suppose le quelqu’un à qui il fait signe de quelque chose.

C’est le quelqu’un dont l’ombre occultait l’entrée dans la linguistique.

Appelez ce quelqu’un comme vous voudrez, ce sera toujours une sottise. Le signe suffit à ce que ce quelqu’un se fasse du langage appropriation, comme d’un simple outil ; de l’abstraction voilà le langage support, comme de la discussion moyen, avec tous les progrès de la pensée, que dis-je ? de la critique, à la clef.

Il me faudrait « anticiper » (reprenant le sens du mot de moi à moi) sur ce que je compte introduire sous la graphie de l’achose, l, apostrophe, a, c, h, etc. pour faire sentir en quel effet prend position la linguistique.

Ce ne sera pas un progrès : une régression plutôt. C’est ce dont nous avons besoin contre l’unité d’obscurantisme qui déjà se soude aux fins de prévenir l’achose.

Personne ne semble reconnaître autour de quoi l’unité se fait, et qu’au temps de quelqu’un où se recueillait la « signature des choses », du moins ne pouvait-on compter sur une bêtise assez cultivée, pour qu’on lui accroche le langage à la fonction de la communication.

Le recours à la communication protège, si j’ose dire, les arrières de ce que périme la linguistique, en y couvrant le ridicule qui y rapplique a posteriori de son fait. Supposons la montrer dans l’occultation du langage la figure du mythe qu’est la télépathie. Freud lui-même se laisse prendre à cet enfant perdu de la pensée : qu’elle se communique sans parole. Il n’y démasque pas le roi secret de la cour des miracles dont il ouvre le nettoyage. Telle la linguistique reste collée à la pensée qu’elle (la pensée) se communique avec la parole. C’est le même miracle invoqué à faire qu’on télépâtisse du même bois dont on pactise : pourquoi pas le « dialogue » dont vous appâtent les faux jetons, voire les contrats sociaux qu’ils en attendent. L’affect est là bon pied bon œil pour sceller ces effusions.

Tout homme (qui ne sait ce que c’est ?) est mortel (rassemblons nous sur cette égalité communicable entre toutes). Et maintenant parlons de « tout », c’est le cas de le dire, parlons ensemble, passant muscade de ce qu’il y a sous la tête des syllogistes (pas d’Aristote, notons le) qui d’un seul cœur (depuis lui) veulent bien que la mineure mette Socrate dans le coup. Car il en ressortirait aussi bien que la mort s’administre comme le reste, et par et pour les hommes, mais sans qu’ils soient du même côté pour ce qui est de la télépathie que véhicule une télégraphie, dont le sujet dès lors ne cesse pas d’embarrasser.

Que ce sujet soit d’origine marqué de division, c’est ce dont la linguistique prend force au-delà des badinages de la communication.

Oui, force à mettre le poète dans son sac. Car le poète se produit d’être… (qu’on me permette de traduire celui qui le démontre, mon ami Jakobson en l’espèce)… se produit d’être mangé des vers, qui trouvent entre eux leur arrangement sans se soucier, c’est manifeste, de ce que le poète en sait ou pas. D’où la consistance chez Platon de l’ostracisme dont il frappe le poète en sa République, et de la vive curiosité qu’il montre dans le Cratyle pour ces petites bêtes que lui paraissent être les mots à n’en faire qu’à leur tête.

On voit combien le formalisme fut précieux à soutenir les premiers pas de la linguistique.

Mais c’est tout de même de trébuchements dans les pas du langage, dans la parole autrement dit, qu’elle a été « anticipée ».

Que le sujet ne soit pas celui qui sache ce qu’il dit, quand bel et bien se dit quelque chose par le mot qui lui manque, mais aussi dans l’impair d’une conduite qu’il croit sienne, cela ne rend pas (58)aisé de le loger dans la cervelle dont il semble s’aider surtout à ce qu’elle dorme (point que l’actuelle neurophysiologie ne dément pas), voilà d’évidence l’ordre de faits que Freud appelle l’inconscient.

Quelqu’un qui l’articule, au nom de Lacan, dit que c’est ça ou rien d’autre.

Personne, après lui maintenant, ne peut manquer à le lire dans Freud, et qui opère selon Freud à psychanalyser, doit s’y régler sauf à le payer du choix de la bêtise.

Dès lors à énoncer que Freud anticipe la linguistique, je dis moins que ce qui s’impose, et qui et la formule que je libère maintenant : l’inconscient est la condition de la linguistique.

Sans l’éruption de l’inconscient, pas moyen que la linguistique sorte du jour douteux dont l’Université, du nom des sciences humaines, fait encore éclipse à la science. Couronnée à Kazan par les soins de Baudouin de Courtenay, elle y fût sans doute restée.

Mais l’Université n’a pas dit son dernier mot, elle va de ça faire sujet de thèse : influence sur le génie de Ferdinand de Saussure du génie de Freud ; démontrer d’où vint à l’un le vent de l’autre avant qu’existât la radio.

Faisons comme si elle ne s’en était pas passé de toujours, pour assourdir autant.

Et pourquoi Saussure se serait-il rendu compte, pour emprunter les termes de votre citation, mieux que Freud lui-même de ce que Freud anticipait, notamment la métaphore et la métonymie lacaniennes, lieux où Saussure genuit Jakobson.

Si Saussure ne sort pas les anagrammes qu’il déchiffre dans la poésie saturnienne, c’est que ceux-ci jettent bas la littérature universitaire. La canaillerie ne le rend pas bête ; c’est parce qu’il n’est pas analyste.

Pour l’analyste au contraire, tremper dans les procédés dont s’habille l’infatuation universitaire, ne vous rate son homme (il y a là comme un espoir) et le jette droit dans une bourde comme de dire que l’inconscient est la condition du langage : là il s’agit de se faire auteur aux dépens de ce que j’ai dit, voire seriné, aux intéressés : à savoir que le langage est la condition de l’inconscient.

Ce qui me fait rire du personnage et un stéréotype : au point que deux autres, eux à l’usage interne d’une Société que sa bâtardise (59)universitaire a tué, ont osé définir le passage à l’acte et l’acting-out exactement des termes dont à leur adresse expresse j’avais opposé l’un à l’autre, mais à intervertir simplement ce que j’attribuais à chacun. Façon, pensaient-ils, de s’approprier ce que personne n’avait su en articuler avant.

Si je défaillais maintenant, je ne laisserais d’œuvre que ces rebuts choisis de mon enseignement, dont j’ai fait butée à l’information, dont c’est tout dire qu’elle le diffuse.

Ce que j’ai énoncé dans un discours confidentiel, n’en a pas moins déplacé l’audition commune, au point de m’amener un auditoire qui m’en témoigne d’être stable en son énormité.

je me souviens de la gêne dont m’interrogeait un garçon qui s’était mêlé, à se vouloir marxiste, au public fait de gens du Parti (le seul) qui avait afflué (Dieu sait pourquoi) à la communication de ma « dialectique du désir et subversion du sujet dans la psychanalyse ».

J’ai gentiment (gentil comme je suis toujours) pointé à la suite dans mes Écrits, l’ahurissement qui me fit réponse de ce public.

Pour lui, « croyez-vous donc, me disait-il, qu’il suffise que vous ayez produit quelque chose, inscrit des lettres au tableau noir, pour en attendre un effet ? ».

Un tel exercice a porté pourtant, j’en ai eu la preuve, ne serait-ce que du rebut qui lui fit un droit pour mon livre, – les fonds de la Fondation Ford qui motivent de telles réunions d’avoir à les éponger, s’étant trouvés alors impensablement à sec pour me publier.

C’est que l’effet qui se propage n’est pas de communication de la parole, mais de déplacement du discours.

Freud, incompris, fût-ce de lui-même, d’avoir voulu se faire entendre, est moins servi par ses disciples que par cette propagation : celle sans quoi les convulsions de l’histoire restent énigme, comme les mois de mai dont se déroutent ceux qui s’emploient à les rendre serfs d’un sens, dont la dialectique se présente comme dérision.

 

(60)Question II : La linguistique, la psychanalyse et l’ethnologie ont en commun la notion de structure, à partir de cette notion, ne peut-on imaginer l’énoncé d’un champ commun qui réunira un jour psychanalyse, ethnologie et linguistique ?

 

réponse (à Pâques 70, en guise d’œuf ?) :

Suivre la structure, c’est s’assurer de l’effet du langage.

Ça ne se fait qu’à écarter la pétition de principe qu’il la reproduise de relations prises au réel. Au réel qui serait à entendre de ma catégorie.

Car ces relations font partie aussi de la réalité en tant qu’elles l’habitent en formules qui y sont aussi bien présentes. La structure s’attrape de là.

De là, c’est-à-dire du point où le symbolique prend corps. Je vais revenir sur ce : corps.

Il serait étonnant qu’on ne voie pas qu’à faire du langage une fonction du collectif, on retourne toujours à supposer quelqu’un, grâce à qui la réalité se redouble de ce qu’il se la représente, pour que nous n’ayons plus qu’à reproduire cette doublure : bref au guêpier de l’idéalisme.

J’en viendrai au terme à quelqu’un qui n’est pas de ce cru : quelqu’un à lui faire signe.

De la veine indiquée, la connaissance ne se motive qu’à faire adaptation d’un supposé dans l’existence, qui, quel qu’il se produise comme moi, organisme, voire espèce, n’en pourrait dire rien qui vaille.

Si la connaissance ne naît qu’à larguer le langage, ce n’est pas pour qu’elle survive qu’il faut l’y raccorder, mais pour la démontrer mort née.

D’autre structure est le savoir qui, le réel, le cerne, autant que possible comme impossible. C’est ma formule qu’on sait.

Ainsi le réel se distingue de la réalité. Ce, pas pour dire qu’il soit inconnaissable, mais qu’il n’y a pas question de s’y connaître, mais de le démontrer. Voie exempte d’idéalisation aucune.

Pas de raison pourtant de parquer les structuralistes, si ce n’est à se leurrer qu’ils prennent la relève de ce que l’existentialisme a si bien réussi : obtenir d’une génération qu’elle se couche dans le même lit dont elle est née.

(61)Personne qui n’ait sa chance d’insurrection à se repérer de la structure, puisqu’en droit elle fait la trace du défaut d’un calcul à venir.

Que ceci préface l’accueil que je vais faire au pool que vous imaginez.

Je reviens d’abord au corps du symbolique qu’il faut entendre comme de nulle métaphore. À preuve que rien que lui n’isole le corps à prendre au sens naïf, soit celui dont l’être qui s’en soutient ne sait pas que c’est le langage qui le lui décerne, au point qu’il n’y serait pas, faute d’en pouvoir parler.

Le premier corps fait le second de s’y incorporer.

D’où l’incorporel qui reste marquer le premier, du temps d’après son incorporation. Rendons justice aux stoïciens d’avoir su de ce terme : l’incorporel, signer en quoi le symbolique tient au corps.

Incorporelle est la fonction, qui fait réalité de la mathématique, l’application de même effet pour la topologie, ou l’analyse en un sens large pour la logique.

Mais c’est incorporée que la structure fait l’affect, ni plus ni moins, affect seulement à prendre de ce qui de l’être s’articule, n’y ayant qu’être de fait, soit d’être dit de quelque part.

Par quoi s’avère que du corps, il est second qu’il soit mort ou vif.

Qui ne sait le point critique dont nous datons dans l’homme, l’être parlant : la sépulture, soit où, d’une espèce, s’affirme qu’au contraire d’aucune autre, le corps mort y garde ce qui au vivant donnait le caractère : corps. Corpse reste, ne devient charogne, le corps qu’habitait la parole, que le langage corpsifiait.

La zoologie peut partir de la prétention de l’individu à faire l’être du vivant, mais c’est pour qu’il en rabatte, à seulement qu’elle le poursuive au niveau du polypier.

Le corps, à le prendre au sérieux, est d’abord ce qui peut porter la marque propre à le ranger dans une suite de signifiants. Dès cette marque, il est support de la relation, non éventuel, mais nécessaire, car c’est encore la supporter que de s’y soustraire.

D’avant toute date, Moins-Un désigne le lieu dit de l’Autre (avec le sigle du grand A) par Lacan. De l’Un-en-Moins, le lit est fait à l’intrusion qui avance de l’extrusion ; c’est le signifiant même.

Ainsi ne va pas toute chair. Des seules qu’empreint le signe à les négativer, montent, de ce que corps s’en séparent, les nuées, eaux (62)supérieures, de leur jouissance, lourdes de foudres à redistribuer corps et chair.

Répartition peut-être moins comptable, mais dont on ne semble pas remarquer que la sépulture antique y figure cet « ensemble » même, dont s’articule notre plus moderne logique. L’ensemble vide des ossements est l’élément irréductible dont s’ordonnent, autres éléments, les instruments de la jouissance, colliers, gobelets, armes : plus de sous-éléments à énumérer la jouissance qu’à la faire rentrer dans le corps.

Ai-je animé la structure ? Assez, je pense, pour, des domaines qu’elle unirait à la psychanalyse, annoncer que rien n’y destine les deux que vous dites, spécialement.

La linguistique livre le matériel de l’analyse, voire l’appareil dont on y opère. Mais un domaine ne se domine que de son opération. L’inconscient peut être comme je le disais la condition de la linguistique. Celle-ci n’en a pas pour autant sur lui la moindre prise.

Car elle laisse en blanc ce qui y fait effet : l’objet a dont à montrer qu’il est l’enjeu de l’acte psychanalytique, j’ai pensé éclairer tout autre acte.

Cette carence du linguiste, j’ai pu l’éprouver d’une contribution que je demandai au plus grand qui fût parmi les Français pour en illustrer le départ d’une revue de ma façon, si peu qu’elle en fût marquée dans son titre : la psychanalyse, pas moins. On sait le cas qu’en firent ceux qui d’une grâce de chiens battus m’y firent conduite, la tenant pourtant d’assez de cas pour saborder la chose en son temps.

C’est bien d’une autre – grâce est encore peu dire – que me fut accordée l’attention que méritait l’intérêt jamais relevé avant moi de Freud pour les mots antithétiques, tels qu’appréciés par un Abel.

Mais si le linguiste ne peut faire mieux qu’il parut au verdict que le bon aise du signifié exige que les signifiants ne soient pas antithétiques, ceci suppose que d’avoir à parler l’arabe, où de tels signifiants abondent, s’annonce comme de parer à une montée de fourmilière.

Pour prendre un exemple moins anecdotique, remarquons que (63)le particulier de la langue est ce par quoi la structure tombe sous l’effet de cristal, que j’ai dit plus haut.

Le qualifier, ce particulier, d’arbitraire est lapsus que Saussure a commis, de ce qu’à contrecœur certes, mais par là d’autant plus offert au trébuchement, il se « rempardait » là (puisqu’on m’apprend que c’est un mot de moi) du discours universitaire dont j’ai montré que le recel, c’est justement ce signifiant qui domine le discours du maître, celui de l’arbitraire.

C’est ainsi qu’un discours façonne la réalité sans supposer nul consensus du sujet, le divisant, quoi qu’il en ait, de ce qu’il l’énonce à ce qu’il se pose comme l’énonçant.

Seul le discours qui se définit du tour que lui donne l’analyste, manifeste le sujet comme autre, soit lui remet la clef de sa division, – tandis que la science, de faire le sujet maître, le dérobe, à la mesure de ce que le désir qui lui fait place, comme à Socrate se met à me le barrer sans remède.

Il n’y a pas moindre barrière du côté de l’ethnologie. Un enquêteur qui laisserait son informatrice lui conter fleurette de ses rêves, se fera rappeler à l’ordre, à les mettre au compte du terrain. Et le censeur, ce faisant, ne me paraîtra pas, fut-il Lévi-Strauss, marquer mépris de mes plates-bandes.

Où irait « le terrain » s’il se détrempait d’inconscient ? ça n’y ferait, quoi qu’on en rêve, nul effet de forage, mais flaque de notre cru.

Car une enquête qui se limite au recueil d’un savoir, c’est d’un savoir de notre tonneau que nous la nourririons.

D’une psychanalyse elle-même, qu’on n’attende pas de recenser les mythes qui ont conditionné un sujet de ce qu’il ait grandi au Togo ou au Paraguay. Car la psychanalyse opérant du discours qui la conditionne, et que je définis cette année à le prendre par son envers, on n’en obtiendra pas d’autre mythe que ce qui en reste en son discours : l’Œdipe freudien.

Du matériel dont se fait l’analyse du mythe, écoutons Lévi-Strauss énoncer qu’il est intraduisible. Ceci à bien l’entendre : car ce qu’il dit, c’est que peu importe en quelle langue ils sont recueillis : toujours de même analysables, de se théoriser des grosses unités dont une « mythologisation » définitive les articule.

(64)On saisit là le mirage d’un niveau commun avec l’universalité du discours psychanalytique, mais, et du fait de qui le démontre, sans que l’illusion s’en produise. Car ce n’est pas du jeu de mythèmes apologétiques que propagent les Instituts qu’un psychanalyste fera jamais interprétation.

Que la cure ne puisse se passer que dans une langue particulière (ce qu’on appelle : positive), même à jouer de la traduire, y fait garantie « qu’il n’y a pas de métalangage », selon ma formule. L’effet de langage ne s’y produit que du cristallinguistique. Son universalité n’est que la topologie retrouvée, de ce qu’un discours s’y déplace. L’accès topologique y étant même assez prégnant pour que la mythologie s’y réduise à l’extrême.

Ajouterai-je que le mythe, dans l’articulation de Lévi-Strauss, soit : la seule forme ethnologique à motiver votre question, refuse tout ce que j’ai promu de l’instance de la lettre dans l’inconscient. Il n’opère ni de métaphore, ni même d’aucune métonymie. Il ne condense pas, il explique. Il ne déplace pas, il loge, même à changer l’ordre des tentes.

Il ne joue qu’à combiner ses unités lourdes, où le complément, d’assurer la présence du couple, fait seul surgir un arrière-plan.

Cet arrière-plan est justement ce que repousse sa structure.

Ainsi dans la psychanalyse (parce qu’aussi bien dans l’inconscient) l’homme de la femme ne sait rien, ni la femme de l’homme. Au phallus se résume le point de mythe où le sexuel se fait passion du signifiant.

Que ce point paraisse ailleurs se multiplier, voilà ce qui fascine spécialement l’universitaire qui, de structure, a la psychanalyse en horreur. D’où procède le recrutement des novices de l’ethnologie.

Où se marque un effet d’humour. Noir bien sûr, à se peindre de faveurs de secteur.

Ah ! faute d’une université qui serait ethnie, allons d’une ethnie faire université.

D’où la gageure de cette pêche dont se définit le terrain comme le lieu où faire écrit d’un savoir dont l’essence est de ne se transmettre pas par écrit.

Désespérant de voir jamais la dernière classe, recréons la première, l’écho de savoir qu’il y a dans la classification. Le professeur ne revient qu’à l’aube… celle où se croit déjà la chauve-souris de Hegel.

(65)je garderai même distance, à dire la mienne à la structure : passant le dernier comme psychanalyste à faire le tour de votre interpellation.

D’abord que, sous prétexte que j’ai défini le signifiant comme ne l’a osé personne, on ne s’imagine pas que le signe ne soit pas mon affaire ! Bien au contraire c’est la première, ce sera aussi la dernière. Mais il y faut ce détour.

Ce que j’ai dénoncé d’une sémiotique implicite dont seul le désarroi aurait permis la linguistique, n’empêche pas qu’il faille la refaire, et de ce même nom, puisqu’en fait c’est de celle à faire, qu’à l’ancienne nous le reportons.

Si le signifiant représente un sujet, selon Lacan (pas un signifié), et pour un autre signifiant (ce qui veut dire : pas pour un autre sujet), alors comment peut-il, ce signifiant, tomber au signe qui de mémoire de logicien, représente quelque chose pour quelqu’un ?

C’est au bouddhiste que je pense, à vouloir animer ma question cruciale de son : Pas de fumée sans feu.

Psychanalyste, c’est du signe que je suis averti. S’il me signale le quelque chose que j’ai à traiter, je sais d’avoir à la logique du signifiant trouvé à rompre le leurre du signe, que ce quelque chose est la division du sujet : laquelle division tient à ce que l’autre soit ce qui fait le signifiant, par quoi il ne saurait représenter un sujet qu’à n’être un que de l’autre.

Cette division répercute les avatars de l’assaut qui, telle quelle, l’a affrontée au savoir du sexuel, – traumatiquement de ce que cet assaut soit à l’avance condamné à l’échec pour la raison que j’ai dite, que le signifiant n’est pas propre à donner corps à une formule qui soit du rapport sexuel.

D’où mon énonciation : il n’y a pas de rapport sexuel, sous-entendu : formulable dans la structure.

Ce quelque chose où le psychanalyste, interprétant, fait intrusion de signifiant, certes je m’exténue depuis vingt ans à ce qu’il ne le prenne pas pour une chose, puisque c’est faille, et de structure.

Mais qu’il veuille en faire quelqu’un est la même chose : ça va à la personnalité en personne, totale, comme à l’occasion on dégueule.

Le moindre souvenir de l’inconscient exige pourtant de maintenir à cette place le quelque deux, avec ce supplément de Freud (66)qu’il ne saurait satisfaire à aucune autre réunion que celle logique, qui s’inscrit : ou l’un ou l’autre.

Qu’il en soit ainsi du départ dont le signifiant vire au signe, où trouver maintenant le quelqu’un, qu’il faut lui procurer d’urgence ?

C’est le hic qui ne se fait nunc qu’à être psychanalyste, mais aussi lacanien. Bientôt tout le monde le sera, mon audience en fait prodrome, donc les psychanalystes aussi. Y suffirait la montée au zénith social de l’objet dit par moi petit a, par l’effet d’angoisse que provoque l’évidement dont le produit notre discours, de manquer à sa production.

Que ce soit d’une telle chute que le signifiant tombe au signe, l’évidence est faite chez nous de ce que, quand on n’y sait plus à quel saint se vouer (autrement dit : qu’il n’y a plus de signifiant à frire, c’est ce que le saint fournit), on y achète n’importe quoi, une bagnole notamment, à quoi faire signe d’intelligence, si l’on peut dire, de son ennui, soit de l’affect du désir d’Autre-chose (avec un grand A).

Ça ne dit rien du petit a parce qu’il n’est déductible qu’à la mesure de la psychanalyse de chacun, ce qui explique que peu de psychanalystes le manient bien, même à le tenir de mon séminaire.

Je parlerai donc en parabole, c’est-à-dire pour dérouter.

À regarder de plus près le pas de fumée, si j’ose dire, peut-être franchira-t-on celui de s’apercevoir que c’est au feu que ce pas fait signe.

De quoi il fait signe, est conforme à notre structure, puisque depuis Prométhée, une fumée est plutôt le signe de ce sujet que représente une allumette pour sa boîte, et qu’à un Ulysse abordant un rivage inconnu, une fumée au premier chef laisse présumer que ce n’est pas une île déserte.

Notre fumée est donc le signe, pourquoi pas du fumeur ? Mais allons-y du producteur de feu : ce sera plus matérialiste et dialectique à souhait.

Qu’Ulysse pourtant donne le quelqu’un, est mis en doute à se rappeler qu’aussi bien il n’est personne. Il est en tout cas personne à ce que s’y trompe une fate polyphémie.

Mais l’évidence que ce ne soit pas pour faire signe à Ulysse que les fumeurs campent, nous suggère plus de rigueur au principe du signe.

(67)Car elle nous fait sentir, comme au passage, que ce qui pèche à voir le monde comme phénomène, c’est que le noumène, de ne pouvoir dès lors faire signe qu’au νοèς, soit : au suprême quelqu’un, signe d’intelligence toujours, démontre de quelle pauvreté procède la vôtre à supposer que tout fait signe : c’est le quelqu’un de nulle part qui doit tout manigancer.

Que ça nous aide à mettre le : pas de fumée sans feu, au même pas que le : pas de prière sans dieu, pour qu’on entende ce qui change.

Il est curieux que les incendies de forêt ne montrent pas le quelqu’un auquel le sommeil imprudent du fumeur s’adresse.

Et qu’il faille la joie phallique, l’urination primitive dont l’homme, dit la psychanalyse, répond au feu, pour mettre sur la voie de ce qu’il y ait, Horatio, au ciel et sur la terre, d’autres matières à faire sujet que les objets qu’imagine votre connaissance.

Les produits par exemple à la qualité desquels, dans la perspective marxiste de la plus-value, les producteurs, plutôt qu’au maître, pourraient demander compte de l’exploitation qu’ils subissent.

Quand on reconnaîtra la sorte de plus-de-jouir qui fait dire « ça c’est quelqu’un », on sera sur la voie d’une matière dialectique peut-être plus active que la chair à Parti, employée comme baby-sitter de l’histoire. Cette voie, le psychanalyste pourrait l’éclairer de sa passe.

 

QUESTION III : L’une des articulations possibles entre psychanalyse et linguistique ne serait-elle pas le privilège accordé à la métaphore et à la métonymie, par Jakobson sur le plan linguistique, et par vous sur le plan psychanalytique ?

 

Réponse : Je pense que, grâce à mon séminaire de Sainte-Anne dont sort celui qui a traduit Jakobson en français, plus d’un de nos auditeurs en ce moment sait comment la métaphore et la métonymie sont par Jakobson situées de la chaîne signifiante : substitution d’un signifiant à un autre pour l’une, sélection d’un signifiant dans sa suite pour l’autre. D’où résulte (et seulement là chez Jakobson : pour moi le résultat est autre) : que la substitution se fait de similarités, la sélection de contigus.

(68)C’est qu’il s’agit là d’autre chose que du lecton, de ce qui rend lisible un signifié, et qui n’est pas rien pour maintenir la condition stoïcienne. Je passe : c’est ce que j’ai dénommé du point de capiton, pour illustrer ce que j’appellerai l’effet Saussure de disruption du signifié par le signifiant, et préciser ici qu’il répondait tout juste à mon estime de l’audience-matelas qui m’était réservée, bien entendu d’être à Sainte-Anne, quoique composée d’analystes.

Il fallait un peu crier pour se faire entendre d’une troupe où des fins diverses de dédouanement faisaient nœud chez certains. Conformément au style nécessité pour cette époque par les vaillances dont la précédente avait su se garer.

Et ce n’est pas pour rien que j’ai introduit mon point de capiton du jeu des signifiants dans les réponses faites par Joad au collaborateur Abner, acte I, scène 1 d’Athalie : résonance de mon discours procédant d’une corde plus sourde à les intéresser.

Un lustre franchi, quelqu’un se rue à faire du point de capiton qui l’avait retenu sans doute, l’« ancrage » que prend le langage dans l’inconscient. Le dit inconscient à son gré, soit à l’opposé le plus impudent de tout ce que j’avais articulé de la métaphore et de la métonymie, le dit inconscient s’appuyant du grotesque figuratif du chapeau de Napoléon à trouver dans le dessin des feuilles de l’arbre, et motivant son goût d’en prédiquer le représentant du représentatif.

(Ainsi le profil d’Hitler se dégagerait-il d’enfances nées des tranchées souffertes par leurs pères lors des meudonneries du Front populaire).

La métaphore et la métonymie, sans requérir cette promotion d’une figurativité foireuse, donnaient le principe dont j’engendrais le dynamisme de l’inconscient.

La condition en est ce que j’ai dit de la barre saussurienne qui ne saurait représenter nulle intuition de proportion, ni se traduire en barre de fraction que d’un abus délirant, mais, comme ce qu’elle est pour Saussure, faire bord réel, soit à sauter, du signifiant qui flotte au signifié qui flue.

C’est ce qu’opère la métaphore, laquelle obtient un effet de sens (non pas de signification) d’un signifiant qui fait pavé dans la mare du signifié.

Sans doute ce signifiant ne manque-t-il désormais dans la chaîne (69)que d’une façon juste métaphorique, quand il s’agit de ce qu’on appelle poésie pour ce qu’elle relève d’un faire. Comme elle s’est faite, elle peut se défaire. Moyennant quoi on s’aperçoit que l’effet de sens produit, se faisait dans le sens du non-sens : « la gerbe n’était pas avare ni haineuse » (cf. mon « Instance de la lettre »), pour la raison que c’était une gerbe, comme toutes les autres, bête à manger comme est le foin.

Tout autre est l’effet de condensation en tant qu’il part du refoulement et fait le retour de l’impossible, à concevoir comme la limite d’où s’instaure par le symbolique la catégorie du réel. Là-dessus un professeur évidemment induit par mes propositions (qu’il croit d’ailleurs contrer, alors qu’il s’en appuie contre un abus dont il s’abuse, sans nul doute à plaisir) a écrit des choses à retenir.

Au-delà de l’illustration du chapeau à trouver dans les feuillages de l’arbre, c’est de la feuillure de la page qu’il matérialise joliment une condensation dont l’imaginaire s’élide d’être typographique : celle qui des plis du drapeau fait lire : rêve d’or, les mots qui s’y disloquent d’y écrire portés à plat : révolution d’octobre.

Ici l’effet de non-sens n’est pas rétroactif dans le temps, comme c’est l’ordre du symbolique, mais bien actuel, le fait du réel.

Indiquant pour nous que le signifiant resurgit comme couac dans le signifié de la chaîne supérieure à la barre, et que s’il en est déchu, c’est d’appartenir à une autre chaîne signifiante qui ne doit en aucun cas recouper la première, pour ce qu’à faire avec elle discours, celui-ci change, dans sa structure.

Voilà plus qu’il n’en faut pour justifier le recours à la métaphore de faire saisir comment à opérer au service du refoulement, elle produit la condensation notée par Freud dans le rêve.

Mais, au lieu de l’art poétique, ce qui opère ici, c’est des raisons.

Des raisons, c’est-à-dire des effets de langage en tant qu’ils sont préalables à la signifiance du sujet, mais qu’ils la font présente à ne pas en être encore à jouer du représentant.

Cette matérialisation intransitive, dirons-nous, du signifiant au signifié, c’est ce qu’on appelle l’inconscient qui n’est pas ancrage, mais dépôt, alluvions du langage.

Pour le sujet, l’inconscient, c’est ce qui réunit en lui les conditions : ou il n’est pas, ou il ne pense pas.

Si dans le rêve il ne pense pas, c’est pour être à l’état de peut-être. (70)En quoi se démontre ce qu’il reste être au réveil et par quoi le rêve s’avère bien la voie royale à connaître sa loi.

La métonymie, ce n’est pas du sens d’avant le sujet qu’elle joue (soit de la barrière du non-sens), c’est de la jouissance où le sujet se produit comme coupure : qui lui fait donc étoffe, mais à le réduire pour ça à une surface liée à ce corps, déjà le fait du signifiant.

Non bien entendu que le signifiant s’ancre (ni s’encre) dans la chatouille (toujours le truc Napoléon), mais qu’il la permette entre autres traits dont se signifie la jouissance et dont c’est le problème que de savoir ce qui s’en satisfait.

Que sous ce qui s’inscrit glisse la passion du signifiant, il faut la dire : jouissance de l’Autre, parce qu’à ce qu’elle soit ravie d’un corps, il en devient le lieu de l’Autre.

La métonymie opérant d’un métabolisme de la jouissance dont le potentiel est réglé par la coupure du sujet, cote comme valeur ce qui s’en transfère.

Les trente voiles dont s’annonce une flotte dans l’exemple rendu célèbre d’être un lieu de la rhétorique, ont beau voiler trente fois le corps de promesse que portent rhétorique ou flotte, rien ne fera qu’un grammairien ni un linguiste en fasse le voile de Maia.

Rien ne fera non plus qu’un psychanalyste avoue qu’à faire passer sa muscade sans lever ce voile sur l’office qu’il en rend, il se ravale au rang de prestidigitateur.

Pas d’espoir donc qu’il approche le ressort de la métonymie quand, à faire son catéchisme d’une interrogation de Freud, il se demande si l’inscription du signifiant, oui ou non, se dédouble de ce qu’il y ait de l’inconscient (question à qui personne hors de mon commentaire à Freud, c’est-à-dire de ma théorie, ne saurait donner aucun sens).

Est-ce que ce ne serait pas pourtant la coupure interprétative elle-même, qui, pour l’ânonneur sur la touche, fait problème de faire conscience ? Elle révélerait alors la topologie qui la commande dans un cross-cap, soit dans une bande de Moebius. Car c’est seulement de cette coupure que cette surface, où de tout point, on a accès à son envers, sans qu’on ait à passer de bord (à une seule face donc), se voit par après pourvue d’un recto et d’un verso. La double inscription freudienne ne serait donc du ressort d’aucune barrière saussurienne, mais de la pratique même qui en pose la (71)question, à savoir la coupure dont l’inconscient à se désister témoigne qu’il ne consistait qu’en elle, soit que plus le discours est interprété, plus il se confirme d’être inconscient. Au point que la psychanalyse seule découvrirait qu’il y a un envers au discours, – à condition de l’interpréter.

Je dis ces choses difficiles, de savoir que l’inaptitude de mes auditeurs les met avec elles de plain-pied. Que le vice du psychanalyste d’être personne par son acte plus que toute autre déplacée, l’y rende d’autre façon inapte, c’est ce qui fait chacun de mes Écrits si circonlocutoire à faire barrage à ce qu’il s’en serve à bouche-que-veux-tu.

Il faut dire que le désir d’être le maître contredit le fait même du psychanalyste : c’est que la cause du désir se distingue de son objet. Ce dont témoigne la métonymie du linguiste, est à portée d’autres que le psychanalyste.

Du poète par exemple qui dans le prétendu réalisme fait de la prose son instrument.

J’ai montré en son temps que l’huître à gober qui s’évoque de l’oreille que Bel-Ami s’exerce à charmer, livre le secret de sa jouissance de maquereau. Sans la métonymie qui fait muqueuse de cette conque, plus personne de son côté pour payer l’écot que l’hystérique exige, à savoir qu’il soit la cause de son désir à elle, par cette jouissance même.

On voit ici que le passage est aisé du fait linguistique au symptôme et que le témoignage du psychanalyste y reste inclus. On s’en convainc dès qu’il commence à s’exalter de son « écoute » : hystérie de son middle age. Le coquillage aussi entend la sienne, c’est bien connu, – et qu’on veut être le bruit de la mer, sans doute de ce que l’on sache que c’est elle qui l’a écaillé.

Ils ne bavaient pas encore de l’écoute, ceux qui voulaient que je fasse à Jakobson plus d’honneur, pour l’usage dont il m’était.

Ce sont les mêmes qui depuis me firent objection de ce que cet usage ne lui fût pas conforme en la métonymie.

Leur lenteur à s’en apercevoir montre quel cerumen les sépare de ce qu’ils entendent avant qu’ils en fassent parabole.

Ils ne prendront pas à la lettre que la métonymie est bien ce qui détermine comme opération de crédit (Verschiebung veut dire : (72)virement) le mécanisme inconscient même où c’est pourtant l’encaisse-jouissance sur quoi l’on tire.

Pour ce qui est du signifiant à résumer ces deux tropes, je dis mal, paraît-il, qu’il déplace quand je traduis ainsi : es entstellt quelque part dans mes Écrits. Qu’il défigure, dans le dictionnaire, on me l’envoie dire par exprès, voire ballon-sonde (encore le truc de la figure et de ce qu’on peut y papouiller). Dommage que pour un retour à Freud où l’on voudrait m’en remontrer, on ignore ce passage du Moïse où Freud tranche qu’il entend ainsi l’Entstellung, à savoir comme déplacement, parce que, fût-il archaïque, c’est là, dit-il, son sens premier.

Faire passer la jouissance à l’inconscient, c’est-à-dire à la comptabilité, c’est en effet un sacré déplacement.

On constatera d’ailleurs à se faire renvoyer, par l’index de mon livre, de ce mot aux passages qui virent de son emploi, que je le traduis (comme il faut) au gré de chaque contexte.

C’est que je ne métaphorise pas la métaphore, ni ne métonymise la métonymie pour dire qu’elles équivalent à la condensation et au virement dans l’inconscient. Mais je me déplace avec le déplacement du réel dans le symbolique, et je me condense pour faire poids de mes symboles dans le réel, comme il convient à suivre l’inconscient à la trace.

 

QUESTION IV : Vous dites que la découverte de l’inconscient aboutit à une seconde révolution copernicienne. En quoi l’inconscient est-il une notion clef qui subvertit toute théorie de la connaissance ?

 

réponse : Votre question va à chatouiller les espoirs, teintés de fais-moi peur, qu’inspire le sens dévolu à notre époque au mot : révolution. On pourrait marquer son passage à une fonction de surmoi dans la politique, à un rôle d’idéal dans la carrière de la pensée. Notez que c’est Freud et non pas moi qui joue ici de ces résonances dont seule la coupure structurelle peut séparer l’imaginaire comme « superstructure ».

Pourquoi ne pas partir de l’ironie qu’il y a à mettre au compte d’une révolution (symbolique) une image des révolutions astrales qui n’en donne guère l’idée ?

(73)Qu’y a t-il de révolutionnaire dans le recentrement autour du soleil du monde solaire ? 2 entendre ce que j’articule cette année d’un discours du maître, on trouvera que celui-ci y clôt fort bien la révolution qu’il écrit à partir du réel : si la visée de l’¤pist®mh est bien le transfert du savoir de l’esclave au maître,– ceci au contraire du passez-muscade impayable dont Hegel voudrait dans le savoir absolu résorber leur antinomie –, la figure du soleil est là digne d’imaginer le signifiant-maître qui demeure inchangé à mesure même de son recel.

Pour la conscience commune, soit pour le « peuple », l’héliocentrisme, à savoir que ça tourne autour, implique que ça tourne rond, sans qu’il y ait plus à y regarder. Mettrai-je au compte de Galilée, l’insolence politique que représente le Roi-Soleil ?

De ce que les ascendants contrariés qui résultent de la bascule de l’axe de la sphère des fixes sur le plan de l’écliptique, gardassent la présence de ce qu’ils ont de manifeste, les Anciens surent tirer les images à appuyer une dialectique guidée d’y diviser savoir et vérité : j’en épinglerais un photocentrisme d’être moins asservissant que l’hélio.

Ce que Freud, à son dire exprès, dans le recours à Copernic allégorise de la destitution d’un centre au profit d’un autre, relève en fait de la nécessité d’abaisser la superbe qui tient à tout mono-centrisme. Ceci en raison de celui auquel il a affaire dans la psychologie, ne disons pas : à son époque, parce qu’il est dans la nôtre encore inentamé : il s’agit de la prétention dont un champ s’y constitue au titre d’une « unité » dont il puisse se recenser. Pour bouffon que ce soit, c’est tenace.

Pas question que cette prétention se soucie de la topologie qu’elle suppose : à savoir celle de la sphère, puisqu’elle ne soupçonne même pas que sa topologie soit problème : on ne peut supposer autre ce qu’on ne suppose nullement.

Le piquant, c’est que la révolution copernicienne fait métaphore appropriée au-delà de ce dont Freud la commente, et c’est en quoi de la lui avoir rendue, je la reprends.

Car l’histoire soumise aux textes où la révolution copernicienne s’inscrit, démontre que ce n’est pas l’héliocentrisme qui fait son nerf, au point que c’était pour Copernic lui-même – le cadet de ses soucis. À prendre l’expression au pied de la lettre, soit au [74]sens de : pas le premier, elle s’étendrait aux autres auteurs de la dite révolution.

Ce autour de quoi tourne, mais justement c’est le mot à éviter, autour de quoi gravite l’effort d’une connaissance en voie de se repérer comme imaginaire, c’est nettement, comme on le lit à faire avec Koyré de l’approche de Képler la chronique, de se dépêtrer de l’idée que le mouvement de rotation, de ce qu’il engendre le cercle (soit : la forme parfaite), peut seul convenir à l’affection du corps céleste qu’est la planète.

Introduire en effet la trajectoire elliptique, c’est dire que le corps planétaire vire à précipiter son mouvement (égalité des aires couvertes par le rayon dans l’unité du temps : deuxième loi de Képler) autour du foyer occupé par le luminaire maître, mais s’en retourne à le ralentir du plus loin d’un autre foyer inoccupé, lui sans aucun feu à faire lieu.

Ici gît le pas de Galilée : ailleurs que dans l’échauffourée de son procès où il n’y a parti à prendre que de la bêtise de ceux qui ne voient pas que lui, travaille pour le pape. La théologie a ce prix, comme la psychanalyse, de tamiser d’une telle chute les canailles. Le pas de Galilée consiste en ce que par son truchement la loi d’inertie entre en jeu dont va s’éclairer cette ellipse.

Par quoi enfin Newton,– mais quel temps de comprendre doit-il encore s’écouler avant le moment de conclure –, Newton, oui, conclut à un cas particulier de la gravitation qui règle la plus banale chute d’un corps.

Mais là encore la vraie portée de ce pas est étouffée : qui est celle de l’action,– en chaque point d’un monde où ce qu’elle subvertit, c’est de démontrer le réel comme impossible –, de l’action, dis-je, de la formule qui en chaque point soumet l’élément de masse à l’attraction des autres aussi loin que s’étend ce monde, sans que rien y joue le rôle d’un médium à transmettre cette force.

Car c’est bien là qu’est le scandale que la conscience laïque (celle dont la bêtise, tout à l’inverse, fait la commune canaille) a fini par censurer, simplement de s’y faire sourde.

Sous le choc du moment, les contemporains pourtant y réagirent vivement, et il faut notre obscurantisme pour avoir oublié l’objection que tous sentaient alors : du comment chacun des éléments de [75]masse pouvait être averti de la distance à mesurer pour qu’il en pesât à aucun autre.

La notion de champ n’explique rien, mais seulement met noir sur blanc, soit suppose qu’est écrite ce que nous soulignons pour être la présence effective non de la relation, mais de sa formule dans le réel, soit ce dont d’abord j’ai posé ce qu’il en est de la structure.

Il serait curieux de développer jusqu’où la gravitation, première à nécessiter une telle fonction, se distingue des autres champs, de l’électromagnétique par exemple, proprement faits pour ce à quoi Maxwell les a menés : la reconstitution d’un univers. Il reste que le champ de gravitation, pour remarquable que soit sa faiblesse au regard des autres, résiste à l’unification de ce champ, soit au remontage d’un monde.

D’où je profère que le lem alunissant, soit la formule de Newton réalisée en appareil, témoigne de ce que le trajet qui l’a porté là sans dépense, est notre produit, ou encore : savoir de maître. Parlons d’acosmonaute plutôt que d’insister.

Il serait aussi intéressant de pointer jusqu’où la rectification einsteinienne dans son étoffe (courbure de l’espace) et dans son hypothèse (nécessité d’un temps de transmission que la vitesse finie de la lumière ne permet pas d’annuler) décolle de l’esthétique transcendantale, j’entends celle de Kant.

Ce qu’on soutiendrait de ce qui la pousse, cette rectification, à l’ordre quantique : où le quantum d’action nous renvoie d’une butée plus courte qu’on ne s’y serait attendu de la physique, l’effet d’acte qui se produit comme déchet d’une symbolisation correcte.

Sans nous y risquer, posons que la charte de la structure, c’est l’hypotheses non fingo de Newton. Il y a des formules qu’on n’imagine pas. Au moins pour un temps, elles font assemblée avec le réel.

On voit que les sciences exactes avec leur champ avaient articulé cette charte, avant que je ne l’impose à la correction des conjecturales.

C’est le seul levier à pouvoir mettre hors d’état d’y faire couvercle ce qui tourne de la meule : psychologie d’indéchaussable à ce que Kant y relaie Wolff et Lambert, et qui tient en ceci : qu’axée (76)sur le même pivot dont traditionnellement s’embrochent ontologie, cosmologie, sans que théologie leur fasse leçon, l’âme, c’est la connaissance que le monde a de soi-même, et précisément ce qui pare à être reconnu ainsi, de l’alibi d’une Chose-en-Soi qui se déroberait à la connaissance.

À partir de là on ajoute aux fantasmes qui commandent la réalité, celui du contremaître.

C’est pour ramener à sa férule la révolution freudienne, qu’une clique mandatée pour la lyse-Anna de l’analyse a réédité ce Golem au titre du moi autonome.

S’il y a trace chez Kant de l’office qu’on lui impute d’avoir paré à la « cosmologie » newtonienne, c’est à ce que s’y tope quelque part, comme d’une pomme à un poisson, la formule newtonienne, et pour marquer que la Vernunft ou le Verstand n’y ont rien à faire d’a priori. Ce qui est sûr non moins de l’expérience dite sensible, ce que je traduis : non avertie encore de la structure.

Le noumène tient du mirage dont des fonctions veulent se faire prendre pour organes, avec pour effet d’embrouiller les organes à trouver fonction. Ainsi cette fonction veuve ne se fait valoir que comme corps étranger, chute d’un discours du maître quelque peu périmé. Ses sœurs en raison sont hors d’état, pures ou pratiques qu’elles s’affirment, d’en remontrer plus que la spécularisation dont procèdent les solides qui ne peuvent être dits « de révolution » qu’à contribuer aux intuitions géométriques les plus traditionnelles qui soient.

Que seule la structure soit propice à l’émergence du réel d’où se promeuve neuve révolution, s’atteste de la Révolution, de quelque grand R que la française l’ait pourvue. Elle se fût réduite à ce qu’elle est pour Bonaparte comme pour Chateaubriand : retour au maître qui a l’art de les rendre utiles (consultez l’Essai qui s’en intitule en 1801) ; le temps passant, à ce qu’elle est pour l’historien fort digne de ce nom, Tocqueville : shaker à faire dégradation des idéologies de l’Ancien Régime ; à ce que les hommes d’intelligence n’y entendent pas plus que d’une folie dont s’extasier (Ampère) ou à camisoler (Taine) ; à ce qui en reste pour le lecteur présent d’une débauche rhétorique peu propre à la faire respecter.

Il en serait ainsi si Marx ne l’avait replacée de la structure qu’il en formule dans un discours du capitaliste, mais de ce qu’elle ait (77)forclos la plus-value dont il motive ce discours. Autrement dit c’est de l’inconscient et du symptôme qu’il prétend proroger la grande Révolution : c’est de la plus-value découverte qu’il précipite la conscience dite de classe. Lénine passant à l’acte, n’en obtient rien de plus que ce qu’on appelle régression dans la psychanalyse : soit les temps d’un discours qui n’ont pas été tenus dans la réalité, et d’abord d’être intenables.

C’est Freud qui nous découvre l’incidence d’un savoir tel qu’à se soustraire à la conscience, il ne s’en dénote pas moins d’être structuré, dis-je, comme un langage, mais d’où articulé ? peut-être de nulle part où il soit articulable, puisque ce n’est que d’un point de manque, impensable autrement que des effets dont il se marque, et qui rend précaire que quelqu’un s’y connaisse au sens où s’y connaître, comme fait l’artisan, c’est être complice d’une nature à quoi il naît en même temps qu’elle : car ici il s’agit de dénaturation ; qui rend faux d’autre part que personne s’y reconnaisse, ce qui impliquerait le mode dont la conscience affirme un savoir d’être se sachant.

L’inconscient, on le voit, n’est que terme métaphorique à désigner le savoir qui ne se soutient qu’à se présenter comme impossible, pour que de ça il se confirme d’être réel, (entendez discours réel).

L’inconscient ne disqualifie rien qui vaille dans cette connaissance de nature, qui est plutôt point de mythe, ou même inconsistance à se démontrer de l’inconscient.

Bref il suffit de rappeler que la bipolarité se trahit essentielle à tout ce qui se propose des termes d’un vrai savoir.

Ce qu’y ajoute l’inconscient, c’est de la fournir d’une dynamique de la dispute qui s’y fait par une suite de rétorsions à ne pas manquer de leur ordre qui fait du corps table de jeu.

Les sommations qui en reviennent, selon notre schème : d’être le fait d’une fiction. de l’émetteur, c’est moins du refoulement qu’elles témoignent en ce qu’il n’est pas moins construit, que du refoulé à faire trou dans la chaîne de vigilance qui n’est pas plus que trouble du sommeil.

À quoi prend garde la non-violence d’une censure dont tout sens reçoit le démenti à se proposer pour véritable, mais dont l’adversaire jubile d’y préserver le non-sens (nonsense plutôt), seul point par où il fait nature (comme de dire : qu’il fait eau).

(78)Si l’inconscient, d’une autre donne, fait sujet de la négation, l’autre savoir s’emploie à le conditionner de ce à quoi comme signifiant il répugne le plus : une figure représentable.

À la limite s’avoue de quoi le conflit fait fonction à ce que place nette soit faite au réel, mais pour que le corps s’y hallucine.

Tel est le trajet où naviguent ces bateaux qui me doivent, rappelons-le, d’être enregistrés comme formations de l’inconscient.

À en fixer le bâti correct, j’ai dû prêter patience à ceux dont c’était le quotidien, sans de longtemps qu’ils en distinguent la structure.

À vrai dire, il a suffi qu’ils craignent de m’y voir surgir au réel, pour qu’un réveil s’en produise, tel qu’ils ne trouvent pas mieux que, du jardin dont je peignais leurs délices, me rejeter moi-même. D’où je fis retour au réel de l’E.N.S., soit de l’étant (ou de l’étang) de l’École normale supérieure où le premier jour que j’y pris place, je fus interpellé sur l’être que j’accordais à tout ça. D’où je déclinai d’avoir à soutenir ma visée d’aucune ontologie.

C’est qu’à ce qu’elle fut, visée, d’un auditoire à rompre à ma logie, de son onto je faisais l’honteux.

Toute onto bue maintenant, je répondrai, et pas par quatre chemins ni par forêt à cacher l’arbre.

Mon épreuve ne touche à l’être qu’à le faire naître de la faille que produit l’étant de se dire.

D’où l’auteur est à reléguer à se faire moyen pour un désir qui le dépasse.

Mais il y a entremise autre qu’a dit Socrate en acte.

Il savait comme nous qu’à l’étant, faut le temps de se faire à être.

Ce « faut le temps », c’est l’être qui sollicite de l’inconscient pour y faire retour chaque fois que lui faudra, oui faudra le temps.

Car entendez que je joue du cristal de la langue pour réfracter du signifiant ce qui divise le sujet.

Y faudra le temps, c’est du français que je vous cause, pas du chagrin, j’espère.

Ce qui faudra de ce qu’il faut le temps, c’est là la faille dont se dit l’être, et bien que l’usage d’un futur de cette forme pour le verbe : faillir ne soit pas recommandé dans un ouvrage qui s’adresse (79)aux belges, il y est accordé que la grammaire à le proscrire faudrait à ses devoirs.

Si peu s’en faut qu’elle en soit là, ce peu fait preuve que c’est bien du manque qu’en français le falloir vient au renfort du nécessaire, y supplantant l’il estuet de temps, de l’est opus temporis, à le pousser à l’estuaire où les vieilleries se perdent.

Inversement ce falloir ne fait pas par hasard équivoque dit au mode, subjonctif du défaut : avant (à moins) qu’il ne faille y venir…

C’est ainsi que l’inconscient s’articule de ce qui de l’être vient au dire.

Ce qui du temps lui fait étoffe n’est pas emprunt d’imaginaire, mais plutôt d’un textile où nœuds ne diraient rien que des trous qui s’y trouvent.

Ce temps logique n’a pas d’En-soi que ce qui en choit pour faire enchère au masochisme.

C’est ce que le psychanalyste relaie d’y faire figure de quelqu’un. Le « faut du temps », il le supporte assez longtemps pour qu’à celui qui vient s’y dire, il ne faille plus que de s’instruire de ce qu’une chose n’est pas rien : justement celle dont il fait signe à quelqu’un.

On sait que j’en introduisis l’acte psychanalytique, et je ne prends pas comme d’accident que l’émoi de mai m’ait empêché d’en venir à bout.

je tiens ici à marquer que quelqu’un ne s’y assoit que de la façon, de l’effaçon plutôt, qu’il y impose au vrai.

Un seul savoir donne la dite effaçon : la logique pour qui le vrai et le faux ne sont que lettres à opérer d’une valeur.

Les stoïciens le pressentirent de leur pratique d’un masochisme politisé, mais ne le poussèrent au point que les sceptiques dussent faire trêve de leur mythique invocation d’une vérité de nature.

Ce sont les refus de la mécanique grecque qui ont barré la route à une logique dont se pût édifier une vérité comme de texture.

À la vérité, seule la psychanalyse justifie le mythique ici de la nature à repérer dans la jouissance qui en tient lieu à se produire d’effet de texture.

Sans elle, il suffit de la logique mathématique pour faire superstition du scepticisme à rendre irréfutables des assertions aussi peu vides que :

(80)– un système défini comme de l’ordre de l’arithmétique n’obtient la consistance de faire en son sein départage du vrai et du faux, qu’à se confirmer d’être incomplet, soit d’exiger l’indémontrable de formules qui ne se vérifient que d’ailleurs ;

– cet indémontrable s’assure d’autre part d’une démonstration qui en décide indépendamment de la vérité qu’il intéresse ;

– il y a un indécidable qui s’articule de ce que l’indémontrable même ne saurait être assuré.

Les coupures de l’inconscient montrent cette structure, à l’attester de chutes pareilles à cerner.

Car me voici revenir au cristal de la langue pour, de ce que falsus soit le chu en latin, lier le faux moins au vrai qui le réfute, qu’à ce qu’il faut de temps pour faire trace de ce qui a défailli à s’avérer d’abord. À le prendre de ce qu’il est le participe passé de fallere, tomber, dont faillir et falloir proviennent chacun de son détour, qu’on note que l’étymologie ne vient ici qu’en soutien de l’effet de cristal homophonique.

C’est le prendre comme il faut, à faire double ce mot, quand il s’agit de plaider le faux dans l’interprétation. C’est justement comme falsa, disons bien tombée, qu’une interprétation opère d’être à côté, soit : où se fait l’être, du pataqu’est-ce.

N’oublions pas que le symptôme est ce falsus qui est la cause dont l’analyse se soutient dans le procès de vérification qui fait son être.

Nous ne sommes sûrs, pour ce que Freud pouvait savoir de ce domaine, que de sa fréquentation de Brentano. Elle est discrète, soit repérable dans le texte de la Verneinung.

J’y ai frayé la voie au praticien qui saura s’attacher au ludion logique que j’ai forgé à son usage, soit l’objet a, sans pouvoir suppléer à l’analyse, dite personnelle, qui l’a parfois rendu impropre à la manier.

Un temps encore pour ajouter à ce dont Freud se maintient, un trait que je crois décisif : la foi unique qu’il faisait aux Juifs de ne pas faillir au séisme de la vérité. Aux Juifs que par ailleurs rien n’écarte de l’aversion qu’il avoue par l’emploi du mot : occultisme, pour tout ce qui est du mystère. Pourquoi ?

Pourquoi sinon de ce que le Juif depuis le retour de Babylone, est celui qui sait lire, c’est-à-dire que de la lettre il prend distance (81)de sa parole, trouvant là l’intervalle, juste à y jouer d’une interprétation.

D’une seule, celle du Midrash qui se distingue ici éminemment.

En effet pour ce peuple qui a le Livre, seul entre tous à s’affirmer comme historique, à ne jamais proférer de mythe, le Midrash représente un mode d’abord dont la moderne critique historique pourrait bien n’être que l’abâtardissement. Car s’il prend le Livre au pied de sa lettre, ce n’est pas pour la faire supporter d’intentions plus ou moins patentes, mais pour, de sa collusion signifiante prise en sa matérialité : de ce que sa combinaison rend obligé de voisinage (donc non voulu), de ce que les variantes de grammaire imposent de choix désinentiel, tirer un dire autre du texte : voire à y impliquer ce qu’il néglige (comme référence), l’enfance de moïse par exemple.

N’est-il rien d’en rapprocher ce que de la mort du même, Freud tenait à ce qu’il fût su, au point d’en faire son message dernier ?

Surtout à y mettre la distance – jamais prise avant moi – du travail de Sellin dont la rencontre sur ce point ne lui parut pas à dédaigner, quand son dévergondage d’être d’une plume fort qualifiée dans l’exégèse dite critique, va à jeter sur les gonds mêmes de la méthode la dérision.

Occasion de passer à l’envers (c’est le propos de mon séminaire de cette année) de la psychanalyse en tant qu’elle est le discours de Freud, lui suspendu. Et, sans recours au Nom-du-Père dont j’ai dit m’abstenir, biais légitime à prendre de la topologie trahie par ce discours.

Topologie où saille l’idéal monocentrique (que ce soit le soleil n’y change rien) dont Freud soutient le meurtre du Père, quand, de laisser voir qu’il est à rebours de l’épreuve juive patriarcale, le totem et le tabou l’abandonnent de la jouissance mythique. Non la figure d’Akhenaton.

Qu’au dossier de la signifiance ici en jeu de la castration, soit versé l’effet de cristal que je touche : de la faux du temps.

 

 

 

Note pour ma réponse à la 4ème question :

 

je voudrais qu’on sache que ce texte ne prétend pas rendre compte de la « révolution copernicienne » telle qu’elle s’articule (82)dans l’histoire, mais de l’usage… mythique qui en est fait. Par Freud notamment.

Il ne suffit pas de dire par exemple que l’héliocentrisme fut « le cadet des soucis » de Copernic. Comment lui donner son rang ? Il est certain au contraire, – on sait que je suis formé aux écrits de Koyré là-dessus –, qu’il lui paraissait admirable que le soleil fût là où il lui donne sa place parce que c’est de là qu’il jouait le mieux son rôle de luminaire. Mais en est-ce là le subversif ?

Car il le place non pas au centre du monde, mais en un lieu assez voisin, ce qui, pour la fin admirée et pour la gloire du créateur, va aussi bien. Il est donc faux de parler d’héliocentrisme.

Le plus étrange est que personne, qu’on entende bien : des spécialistes hors Koyré, ne relève que les « révolutions » de Copernic ne concernent pas les corps célestes, mais les orbes. Il va de soi pour nous que ces orbes sont tracées par les corps. Mais, on rougit d’avoir à le rappeler, pour Ptolémée comme pour tous depuis Eudoxe, ces orbes sont des sphères qui supportent les corps célestes et la course de chacun est réglée de ce que plusieurs orbes la supportent concurremment, 5 peut-être pour Saturne, 3 à mon souvenir pour Jupiter. Que nous importe ! comme aussi bien de celles qu’y ajoute Aristote pour tamponner entre deux corps célestes, les deux qu’on vient de nommer par exemple, l’effet à attendre des orbes du premier sur celles du second. (C’est qu’Aristote veut une physique qui tienne).

Qui ne devrait s’apercevoir de ça, je ne dis pas à lire Copernic dont il existe une reproduction phototypique, mais simplement à y épeler le titre : De revolutionibus orbium coelestium ? Ce qui n’empêche pas des traducteurs notoires (des gens qui ont traduit le texte) d’intituler leur traduction : Des révolutions des corps célestes.

Il est littéral, ce qui équivaut ici à dire : il est vrai, que Copernic est ptolémaïste, qu’il reste dans le matériel de Ptolémée, qu’il n’est pas copernicien au sens inventé qui fait l’emploi de ce terme.

Est-il justifié de s’en tenir à ce sens inventé pour répondre à un usage métaphorique, c’est le problème qui se pose en toute métaphore ?

Comme dit à peu près quelqu’un, avec les arts on s’amuse, on muse avec les lézards. On ne doit pas perdre l’occasion de rappeler (83)l’essence crétinisante du sens à quoi le mot commun convient. Néanmoins ce reste exploit stérile, si une liaison structurale n’en peut être aperçue.

À question d’interviewer, vaut réponse improvisée. Du premier jet ce qui m’est venu, – venu du fond d’une information que je prie de croire n’être pas nulle –, c’est d’abord la remarque dont à l’héliocentrisme, j’oppose un photocentrisme d’une importance structurale permanente. On voit de cette note à quelle niaiserie tombe Copernic de ce point de vue.

Koyré la grandit, cette niaiserie, à la référer au mysticisme propagé du cercle de Marsile Ficin. Pourquoi pas en effet ? La Renaissance fut occultiste, c’est pourquoi l’Université la classe parmi les ères de progrès.

Le tournant véritable est dû à Kepler et, j’y insiste, dans la subversion, la seule digne de ce nom, que constitue le passage qu’il a payé de combien de peine, de l’imaginaire de la forme dite parfaite comme étant celle du cercle, à l’articulation de la conique, de l’ellipse en l’occasion, en termes mathématiques.

Je collapse incontestablement ce qui est le fait de Galilée, mais il est clair que l’apport de Kepler ici lui échappait, et pourtant c’est lui qui déjà conjugue entre ses mains les éléments dont Newton forgera sa formule : j’entends par là la loi de l’attraction, telle que Koyré l’isole de sa fonction hyperphysique, de sa présence syntaxique (cf. Études newtoniennes, p. 34).

À la confronter à Kant, je souligne qu’elle ne trouve place dans aucune critique de la raison imaginaire.

C’est de fait la place forte dont le siège maintient dans la science l’idéal d’univers par quoi elle subsiste. Que le champ newtonien ne s’y laisse pas réduire, se désigne bien de ma formule : l’impossible, c’est le réel.

C’est de ce point une fois atteint, que rayonne notre physique.

Mais à inscrire la science au registre du discours hystérique, je laisse entendre plus que je n’en ai dit.

L’abord du réel est étroit. Et c’est de le hanter, que la psychanalyse se profile.

 

(84)Question V : Quelles en sont les conséquences sur le plan :

a) de la science,

b) de la philosophie,

c) plus particulièrement du marxisme, voire du communisme ?

 

Réponse : Votre question, qui suit une liste préconçue, mérite que je marque qu’elle ne va pas de soi après la réponse qui précède.

Elle semble supposer que j’aie acquiescé à ce que « l’inconscient… subvertit toute théorie de la connaissance », pour vous citer, aux mots près que j’élide pour les en séparer : (l’inconscient) « est-il une notion-clef qui » etc.

je dis : l’inconscient n’est pas une notion. Qu’il soit une clef ? Ça se juge à l’expérience. Une clef suppose une serrure. Il existe assurément des serrures, et même que l’inconscient fait jouer correctement, pour les fermer ? pour les ouvrir ? ça ne va pas de soi que l’un implique l’autre, a fortiori qu’ils soient équivalents.

Il doit nous suffire de poser que l’inconscient est. Ni plus ni moins. C’est bien assez pour nous occuper un moment encore après le temps que ça a duré, sans que jusqu’à moi personne ait fait un pas de plus. Puisque pour Freud, c’était à reprendre de la table rase en chaque cas : de la table rase, même pas sur ce qu’il est, il ne peut le dire, hors sa réserve d’un recours organique de pur rituel : sur ce qu’il en est dans chaque cas, voilà ce qu’il veut dire. En attendant, rien de sûr, sinon qu’il est, et que Freud, à en parler, fait de la linguistique. Encore personne ne le voit-il, et contre lui, chacun s’essaie à faire rentrer l’inconscient dans une notion d’avant.

D’avant que Freud dise qu’il est, sans que ça soit, ni ça, et notamment pas non plus le ça.

Ce que j’ai répondu à votre question IV, veut dire que l’inconscient subvertit d’autant moins la théorie de la connaissance qu’il n’a rien à faire avec elle pour la raison que je viens de dire : à savoir, qu’il lui est étranger.

C’est sans qu’il y soit pour rien qu’on peut dire que la théorie de la connaissance n’est pas, pour la raison qu’il n’y a pas de connaissance qui ne soit d’illusion ou de mythe. Ceci, bien sûr, à donner au mot un sens qui vaille la peine d’en maintenir l’emploi au-delà de son sens mondain : à savoir que « je le connais » veut dire : je (85)lui ai été présenté ou je sais ce qu’il fait par cœur (d’un écrivain notamment, d’un prétendu « auteur » en général).

À noter, pour ceux à qui le GnÇyi seautòn pourrait servir de muleta en l’occasion, puisque ce n’est rien d’autre, que cette visée d’exploit exclut toute théorie depuis que la consigne en a été brandie par le trompeur delphique. Ici, l’inconscient n’apporte ni renfort ni déception : mais seulement que le seautòn sera forcément coupé en deux, au cas qu’on s’inquiète encore de quelque chose qui y ressemble après avoir dans une psychanalyse mis à l’épreuve « son » inconscient.

Brisons donc là : pas de connaissance. Au sens qui vous permettrait l’accolade d’y envelopper les rubriques dont vous croyez maintenant pousser votre question. Pas de connaissance autre que le mythe que je dénonçais tout à l’heure. Mythe dont la théorie dès lors relève de la mytho-logie (à spécifier d’un trait d’union) nécessitant au plus une extension de l’analyse structurale dont Lévi-Strauss fournit les mythes ethnographiques.

Pas de connaissance. Mais du savoir, ça oui, à la pelle, à n’en savoir que faire, plein les armoires.

De là, certains (de ces savoirs) vous crochent au passage. Il y suffit que les animent un de ces discours dont cette année j’ai mis en circulation la structure. Être fait sujet d’un discours peut vous rendre sujet au savoir.

Si plus aucun discours n’en veut, il arrive qu’on interroge un savoir sur son usage périmé, qu’on en fasse l’archéologie. C’est plus qu’ouvrage d’antiquaire, si c’est afin d’en mettre en fonction la structure.

La structure, elle, c’est une notion : d’élaborer ce qu’il s’ensuit pour la réalité, de cette présence en elle des formules du savoir, dont je marquais plus haut qu’elle est son avènement notionnel.

Il y a des savoirs dont les suites peuvent rester en souffrance, ou bien tomber en désuétude.

Il y en a un dont personne n’avait l’idée avant Freud, dont personne après lui ne l’a encore, sauf à en tenir de moi par quel bout le prendre. Si bien que j’ai pu dire tout à l’heure que c’est au regard des autres savoirs que le terme d’inconscient, pour celui-ci, fait métaphore. À partir de ce qu’il soit structuré comme un langage, on me fait confiance avec fruit : encore faut-il qu’on ne se trompe (86)pas sur ceci que c’est plutôt lui, si tant est que ce ne soit abus de le pronommer, lui, l’inconscient qui par ce bout vous prend.

Si j’insiste à marquer ainsi mon retard sur votre hâte, c’est qu’il vous faut vous souvenir que là où j’ai illustré la fonction de la hâte en logique, je l’ai soulignée de l’effet de leurre dont elle peut se faire complice. Elle n’est correcte qu’à produire ce temps : le moment de conclure. Encore faut-il se garder de la mettre au service de l’imaginaire. Ce qu’elle rassemble est un ensemble : les prisonniers dans mon sophisme, et leur rapport à une sortie structurée d’un arbitraire : non pas une classe.

Il arrive que la hâte à errer dans ce sens, serve à plein cette ambiguïté des résultats, que j’entends résonner du terme : révolution, lui-même.

Car ce n’est pas d’hier que j’ai ironisé sur le terme de tradition révolutionnaire.

Bref, je voudrais marquer l’utilité en cette trace de se démarquer de la séduction.

Quand c’est de production que l’affaire prend son tour.

Où je pointe le pas de Marx.

Car il nous met au pied d’un mur dont on s’étonne qu’il n’y ait rien d’autre à reconnaître, pour que quelque chose s’en renverse, pas le mur bien sûr, mais la façon de tourner autour.

L’efficacité des coups de glotte au siège de Jéricho laisse à penser qu’ici le mur fit exception, à vrai dire n’épargnant rien sur le nombre de tours nécessaire.

C’est que le mur ne se trouve pas, dans cette occasion, là où on le croit, de pierre, plutôt fait de l’inflexible d’une vagance extra.

Et si c’est le cas, nous retrouvons la structure qui est le mur dont nous parlons.

À le définir de relations articulées de leur ordre, et telles qu’à y prendre part, on ne le fasse qu’à ses dépens.

Dépens de vie ou bien de mort, c’est secondaire. Dépens de jouissance, voilà le primaire.

D’où la nécessité du plus-de-jouir pour que la machine tourne, la jouissance ne s’indiquant là que pour qu’on l’ait de cette effaçon, comme trou à combler.

Ne vous étonnez pas qu’ici je ressasse quand d’ordinaire je cours mon chemin.

(87)C’est qu’ici à refaire une coupure inaugurale, je ne la répète pas, je la montre se redoublant à recueillir ce qui en choit.

Car Marx, la plus-value que son ciseau, à le détacher, restitue au discours du capital, c’est le prix qu’il faut mettre à nier comme moi qu’aucun discours puisse s’apaiser d’un métalangage (du formalisme hégélien en l’occasion), mais ce prix, il l’a payé de s’astreindre à suivre le discours naïf du capitaliste à son ascendant, et de la vie d’enfer qu’il s’en est faite.

 C’est bien le cas de vérifier ce que je dis du plus-de-jouir. La Mehrwert, c’est la Marxlust, le plus-de-jouir de Marx.

La coquille à entendre à jamais l’écoute de Marx, voilà le cauri dont commercent les Argonautes d’un océan peu pacifique, celui de la production capitaliste.

Car ce cauri, la plus-value, c’est la cause du désir dont une économie fait son principe : celui de la production extensive, donc insatiable, du manque-à-jouir. Il s’accumule d’une part pour accroître les moyens de cette production au titre du capital. Il étend la consommation d’autre part sans quoi cette production serait vaine, justement de son ineptie à procurer une jouissance dont elle puisse se ralentir.

Quelqu’un nommé Karl Marx, voilà calculé le lieu du foyer noir, mais aussi capital (c’est le cas de le dire) que le capitaliste, (que celui-ci occupe l’autre foyer d’un corps à jouir d’un Plus ou d’un plus-de-jouir à faire corps), pour que la production capitaliste soit assurée de la révolution propice à faire durer son dur désir, pour citer là le poète qu’elle méritait.

Ce qui est instructif, c’est que ces propos courent les rues (à la logique près bien sûr, dont je les pourvois). Qu’ils sortent sous la forme d’un malaise que Freud n’a fait que pressentir, allons-nous le mettre au compte de l’inconscient ? Certainement, oui : il s’y désigne que quelque chose travaille. Et ce sera une occasion d’observer que ceci n’infléchit nullement l’implacable discours qui en se complétant de l’idéologie de la lutte des classes, induit seulement les exploités à rivaliser sur l’exploitation de principe, pour en abriter leur participation patente à la soif du manque-à-jouir.

Quoi donc attendre du chant de ce malaise ? Rien, sinon de témoigner de l’inconscient qu’il parle, – d’autant plus volontiers qu’avec le non-sens il est dans son élément.

Mais quel effet en (88)attendre puisque, vous le voyez, je souligne que c’est quelque chose qui est, et pas une notion-clef ?

À se rapporter à ce que j’ai instauré cette année d’une articulation radicale du discours du maître comme envers du discours du psychanalyste, deux autres discours se motivant d’un quart de tour à faire passage de l’un à l’autre, nommément le discours de l’hystérique d’une part, le discours universitaire de l’autre, ce qui de là s’apporte, c’est que l’inconscient n’a à faire que dans la dynamique qui précipite la bascule d’un de ces discours dans l’autre. Or, à tort ou à raison, j’ai cru pouvoir risquer de les distinguer du glissement – d’une chaîne articulée de l’effet du signifiant considéré comme vérit頖, sur la structure – en tant que fonction du réel dans la dispersion du savoir.

C’est à partir de là qu’est à juger ce que l’inconscient peut subvertir. Certainement aucun discours, où tout au plus apparaît-il d’une infirmité de parole.

Son instance dynamique est de provoquer la bascule dont un discours tourne à un autre, par décalage de la place où l’effet de signifiant se produit.

À suivre ma topologie faite à la serpe, on y retrouve la première approche freudienne en ceci que l’effet de « progrès » à attendre de l’inconscient, c’est la censure.

Autrement dit, que pour la suite de la crise présente, tout indique la procession de ce que je définis comme le discours universitaire, soit, contre toute apparence à tenir pour leurre en l’occasion, la montée de sa régie.

C’est le discours du maître lui-même, mais renforcé d’obscurantisme.

C’est d’un effet de régression par contre que s’opère le passage au discours de l’hystérique.

Je ne l’indique que pour vous répondre sur ce qu’il en est des conséquences de votre notion prétendue, quant à la science.

Si paradoxale qu’en soit l’assertion, la science prend ses élans du discours de l’hystérique.

Il faudrait pénétrer de ce biais les corrélats d’une subversion sexuelle à l’échelle sociale, avec les moments incipients dans l’histoire de la science.

Ce serait rude mise à l’épreuve d’une pensée hardie.

(89)Elle se conçoit de partir de ceci que l’hystérique, c’est le sujet divisé, autrement dit c’est l’inconscient en exercice, qui met le maître au pied du mur de produire un savoir.

Telle fut l’ambition induite chez le maître grec sous le nom de l’ ¤pist®mh. Là, où la dñja le guidait pour l’essentiel de sa conduite, il fut sommé, – et nommément par un Socrate hystérique avoué de ce qu’il dit ne s’y connaître qu’en affaire de désir, patent par ses symptômes pathognomoniques – de faire montre de quelque chose qui valût la t¡xnh de l’esclave et justifiât de ses pouvoirs de maître

Rien à trancher de son succès, quand un Alcibiade n’y montre que cette lucidité d’avouer, lui, ce qui le captive en Socrate, l’objet a, que j’ai reconnu dans l’galma dont on parle au Banquet, un plus-de-jouir en liberté et de consommation plus courte.

Le beau est que ce soit le cheminement du platonisme qui ait rejailli dans notre science avec la révolution copernicienne. Et s’il faut lire Descartes et sa promotion du sujet, son « je pense, je suis donc », il ne faut pas en omettre la note à Beeckman : « Sur le point de monter sur la scène du monde, je m’avance masqu酠».

Lisons le cogito à le traduire selon la formule que Lacan donne du message dans l’inconscient ; c’est alors : « Ou tu n’es pas, ou tu ne penses pas », adressé au savoir. Qui hésiterait à choisir ?

Le résultat est que la science est une idéologie de la suppression du sujet, ce que le gentilhomme de l’Université montante sait fort bien. Et je le sais tout autant que lui.

Le sujet, à se réduire à la pensée de son doute, fait place au retour en force du signifiant-maître, à le doubler, sous la rubrique de l’étendue, d’une extériorité entièrement manipulable.

Que le plus-de-jouir, à donner la vérité du travail qui va suivre, y reçoive un masque de fer (c’est de lui que parle le larvatus prodeo), comment ne pas voir que c’est s’en remettre à la dignité divine (et Descartes s’en acquitte) d’être seule garante d’une vérité qui n’est plus que fait de signifiant ?

Ainsi se légitime la prévalence de l’appareil mathématique, et l’infatuation (momentanée) de la catégorie quantité.

Si la qualité n’était pas aussi encombrée de signifié, elle serait aussi propice au discernement scientifique : qu’il suffise de la voir (90)faire retour sous la forme de signes (+) et (-) dans l’édifice de l’électromagnétisme.

Et la logique mathématique (Dieu merci ! car moi, j’appelle Dieu par son nom-de-Dieu de Nom) nous fait revenir à la structure dans le savoir.

Mais vous voyez que si « la connaissance » n’a pas encore repris connaissance, c’est que ce n’est pas du fait de l’inconscient qu’elle l’a perdue. Et il y a peu de chance que ce soit lui qui la ranime.

De même qu’on sait que la connaissance a erré en physique, tant qu’elle a voulu s’insérer de quelque départ esthésique, – qu’est restée nouée la théorie du mouvement, tant qu’elle ne s’est pas dépêtrée du sentiment de l’impulsion, – que c’est seulement au retour du refoulé des signifiants, qu’est dû qu’enfin se livre l’équivalence du repos au mouvement uniforme, de même le discours de l’hystérique démontre qu’il n’y a aucune esthésie du sexe opposé (nulle connaissance au sens biblique) à rendre compte du prétendu rapport sexuel.

La jouissance dont il se supporte est, comme toute autre, articulée du plus-de-jouir par quoi dans ce rapport le partenaire ne s’atteint : 1) pour le vir qu’à l’identifier à l’objet a, fait pourtant clairement indiqué dans le mythe de la côte d’Adam, celui qui faisait tant rire, et pour cause, la plus célèbre épistolière de l’homosexualité féminine, 2) pour la virgo qu’à le réduire au phallus, soit au pénis imaginé comme organe de la tumescence, soit à l’inverse de sa réelle fonction.

D’où les deux rocs : 1) de la castration où le signifiant-femme s’inscrit comme privation, 2) de l’envie du pénis où le signifiant-homme est ressenti comme frustration.

Ce sont écueils à mettre à la merci de la rencontre l’accès prôné par des psychanalystes à la maturité du génital.

Car c’est là l’idéal bâtard dont ceux qui se disent « d’aujourd’hui » masquent qu’ici la cause est d’acte et de l’éthique qu’il anime, avec sa raison politique.

C’est aussi bien ce dont le discours de l’hystérique questionne le maître : « Fais voir si t’es un homme ! ». Mais la représentation de chose, comme dit Freud, ici n’est plus que représentation de son manque. La toute-puissance n’est pas ; c’est bien pour cela (91)qu’elle se pense. Et qu’il n’y a pas de reproche à lui en faire, comme le psychanalyste s’y obstine imbécilement.

L’intérêt n’est pas là : à faire son deuil de l’essence du mâle, mais à produire le savoir dont se détermine la cause qui fait défi en son étant.

Là-dessus, l’on dira non sans prétexte que les psychanalystes en question ne veulent rien savoir de la politique. L’ennuyeux est qu’ils sont assez endurcis pour en faire profession eux-mêmes, et que le reproche leur en vienne de ceux qui, pour s’être logés au discours du maître Marx, font obligation des insignes de la normalisation conjugale : ce qui devrait les embarrasser sur le point épineux d’à l’instant.

Détail au regard de ce qui nous intéresse : c’est que l’inconscient ne subvertira pas notre science à lui faire faire amende honorable à aucune forme de connaissance.

Qu’il fasse semblant parfois de ce que la nique qu’il y introduit, soit celle des nocturnes habitant l’aile effondrée du château de la tradition, l’inconscient s’il est clef, ce ne le sera qu’à fermer la porte qui béerait dans ce trou de votre chambre à coucher.

Les amateurs d’initiation ne sont pas nos invités. Freud là-dessus ne badinait pas. Il proférait l’anathème du dégoût contre ces sortilèges et n’entendait pas que Jung fît que rebruit à nos oreilles des airs de mandalas.

Ça n’empêchera pas les offices de se célébrer avec des coussins pour nos genoux, mais l’inconscient n’y apporterait que des rires peu décents.

Pour l’usage ménager, il serait à recommander comme tournesol à constituer l’éventail du réactionnaire en matière de connaissance.

Il restitue par exemple à Hegel le prix de l’humour qu’il mérite, mais en révèle l’absence totale dans toute la philosophie qui lui succède, mis à part Marx.

Je n’en dirai que l’échantillon dernier venu à ma « connaissance », ce retour incroyable à la puissance de l’invisible, plus angoissant d’être posthume et pour moi d’un ami, comme si le visible avait encore pour aucun regard apparence d’étant.

Ces simagrées phénoménologiques tournent toutes autour de l’arbre fantôme de la connaissance supra-normale, comme s’il y en avait une de normale.

(92)Nulle clameur d’être ou de néant qui ne s’éteigne de ce que le marxisme a démontré par sa révolution effective : qu’il n’y a nul progrès à attendre de vérité ni de bien-être, mais seulement le virage de l’impuissance imaginaire à l’impossible qui s’avère d’être le réel à ne se fonder qu’en logique : soit là où j’avertis que l’inconscient siège, mais pas pour dire que la logique de ce virage n’ait pas à se hâter de l’acte.

Car l’inconscient joue aussi bien d’un autre sens : soit à partir de l’impossibilité dont le sexe s’inscrit dans l’inconscient, à maintenir comme désirable la loi dont se connote l’impuissance à jouir.

Il faut le dire : le psychanalyste n’a pas ici à prendre parti, mais à dresser constat.

C’est en quoi je témoigne que nulle rigueur que j’aie pu mettre à marquer ici les défaillances de la suture, n’a rencontré des communistes à qui j’ai eu affaire qu’une fin de non-recevoir.

J’en rends compte du fait que les communistes, à se constituer dans l’ordre bourgeois en contre-société, seulement vont à contrefaire tout ce dont le premier se fait honneur : travail, famille, patrie, y font trafic d’influence, et syndicat contre quiconque de leur discours éviderait les paradoxes.

À démontrer ceux-ci comme facteur de pathologie, soit depuis mes propos sur la causalité psychique, partout où mon effort eût pu desceller le monopole psychiatrique, je n’ai jamais recueilli d’eux, de réponse qui ne s’alignât sur l’hypocrisie universitaire, dont ce serait une autre histoire que de prédire le déploiement.

Il est évident que maintenant ils se servent de moi tout autant qu’elle. Moins le cynisme de ne pas me nommer : ce sont gens honorables.

 

Question VI : En quoi savoir et vérité sont-ils incompatibles ?

 

réponse : Incompatibles. Mot joliment choisi qui pourrait nous permettre de répondre à la question par la nasarde qu’elle vaut : mais si, mais si, ils compatissent.

Qu’ils souffrent ensemble, et l’un de l’autre : c’est la vérité.

Mais ce que vous voulez dire, si je vous le prête bien, c’est que vérité et savoir ne sont pas complémentaires, ne font pas un tout.

(93)Excusez-moi : c’est une question que je ne me pose pas. Puisqu’il n’y a pas de tout.

Puisqu’il n’y a pas de tout, rien n’est tout.

Le tout, c’est l’index de la connaissance. J’ai assez dit, me semble t-il, qu’à ce titre, il est impossible de le pointer.

Ça ne m’empêchera pas d’enchaîner du primesaut que la vérité souffre tout : on pisse, on tousse, on crache dedans. « Ma parole s’écrie-t-elle du style que j’ai esquissé ailleurs. Qu’est-ce que vous faites ? Vous croyez-vous chez vous ? ». Ça veut dire qu’elle a bien une notion, une notion clef de ce que vous faites. (Mais pas vous de ce qu’elle est, et c’est en cela, enfin voyez-vous, que l’inconscient consiste). Pour revenir à elle, qui nous occupe pour l’instant, dire qu’elle souffre tout, rosée du discours !, peut vouloir dire que ça ne lui fait ni chaud ni froid. C’est ce qui laisse à penser que manifestement elle soit aveugle ou sourde, au moins quand elle vous regarde, ou bien que vous l’assignez.

À vrai dire, c’est-à-dire à se mesurer à elle, on fera toujours mieux pour l’approcher de se munir d’un savoir lourd. C’est donc plus que compatible, comme comp(a)tabilité, – soit ce qui vous intéresse d’abord puisque le savoir peut solder les frais d’une affaire avec la vérité, si l’envie vous en prend.

Solder jusqu’où ? Ça, « on ne sait pas », c’est même ce par quoi le savoir est bien forcé de ne s’en fier qu’à lui pour ce qui est de faire le poids.

Donc, le savoir fait dot. Ce qu’il y a d’admirable, c’est la prétention de qui voudrait se faire aimer sans ce matelas. Il s’offre la poitrine nue. Qu’adorable doit être son « non-savoir », comme on s’exprime assez volontiers dans ce cas !

Étonnez-vous qu’on ressorte de là, tenant, bon chien, entre les dents, sa propre charogne !

Naturellement ça n’arrive plus, mais ça se sait encore. Et à cause de cela, il y en a qui jouent à le faire, mais de semblant. Vous voyez « tout » ce qui trafique à partir de ce que savoir et vérité soient incompatibles.

Je ne pense à ça que parce que c’est un leurre qu’on a, je crois, imaginé pour en justifier un amok fait à mon égard : posons qu’une personne qui se plaindrait d’être mordue par la vérité, s’avouerait comme f… ue psychanalyste.

(94)Très précisément je n’ai articulé la topologie qui met frontière entre vérité et savoir, qu’à montrer que cette frontière est partout et ne fixe de domaine qu’à ce qu’on se mette à aimer son au-delà.

Les voies des psychanalystes restent préservées assez pour que l’expérience propre à les éclairer n’en soit encore qu’au programme.

C’est pourquoi je prendrai le départ d’où chacun fait de son abord étranglement : exemplaire, d’être exempté de l’expérience.

N’est-il pas étonnant que de la formule à quoi depuis plus d’une décade j’ai donné essor, celle dite du sujet-supposé-savoir, pour rendre raison du transfert, personne, et même au cours de cette année où la chose s’étalait au tableau, plus évidente que la case y fût inscrite séparément de la bille à la remplir, personne, dis-je, n’en a avancé la question : est-ce, supposé qu’il est ce sujet, savoir la vérité ?

Vous apercevez-vous où ça va ? N’y pensez pas surtout, vous risqueriez de tuer le transfert.

Car du savoir dont le transfert fait le sujet il s’avère à mesure que l’assujetti y travaille, qu’il n’était qu’un « savoir y faire » avec la vérité.

Personne ne rêve que le psychanalyste est marié avec la vérité. C’est même pour ça que son épouse fait grelot, certes à ne pas trop remuer, mais qu’il faut là comme un barrage.

Barrage à quoi ? À la supposition qui serait le comble : de ce qui ferait le psychanalyste fiancé à la vérité.

C’est qu’à la vérité avec il n’y a pas de rapports d’amour possibles, ni de mariage, ni d’union libre. Il n’y en a qu’un de sûr, si vous voulez qu’elle vous ait bien, la castration, la vôtre, bien entendu, et d’elle, pas de pitié.

Savoir que c’est comme ça, n’empêche pas que ça arrive, et bien sûr, encore moins qu’on l’évite.

Mais on l’oublie quand on l’évite, alors que quand c’est arrivé, on ne le sait pas moins.

C’est me semble-t-il, le comble de la compatibilité. On grincerait des dents à n’en pas faire : la comblatibilité, pour qu’un bruit de vol vous en revienne qui fait batte et proprement patibulaire.

C’est que de la vérité, on n’a pas tout à apprendre. Un bout suffit : ce qui s’exprime, vu la structure, par : en savoir un bout.

Là-dessus j’ai su conduire certains, et je m’étonne d’en dire (95)autant à la radio. C’est qu’ici ceux qui m’écoutent n’ont pas, à entendre ce que je dis, l’obstacle de m’entendre. Où m’apparaît que cet obstacle tient à ce qu’ailleurs j’aie à le calculer.

Or je ne suis pas ici à former le psychanalyste, mais à répondre à vos questions ceci qui les remet à leur place.

Sa discipline à ce qu’il me suive, lui, le pénètre de ceci : que le réel n’est pas d’abord pour être su.

Comme vérité, c’est bien la digue à dissuader le moindre essai d’idéalisme. Alors qu’à la méconnaître, il prend rang sous les couleurs les plus contraires.

Mais ce n’est pas une vérité, c’est la limite de la vérité.

Car la vérité se situe de supposer ce qui du réel fait fonction dans le savoir, qui s’y ajoute (au réel).

C’est bien en effet de là que le savoir porte le faux à être, et même à être là, soit Dasein à t’assaïner jusqu’à ce qu’en perdent le souffle tous les participants de la cérémonie.

À vrai dire, ce n’est que du faux à être qu’on se préoccupe en tant que telle de la vérité. Le savoir qui n’est pas faux, s’en balance.

Il n’y en a qu’un où elle s’avère en surprise. Et c’est pourquoi il est considéré comme d’un goût douteux, quand c’est bien de la grâce freudienne qu’il produit quelques pataqu’est-ce dans le discours.

C’est à ce joint au réel, que se trouve l’incidence politique où le psychanalyste aurait place s’il en était capable.

Là serait l’acte qui met en jeu de quel savoir faire la loi. Révolution qui arrive de ce qu’un Savoir se réduise à faire symptôme, vu du regard même qu’il a produit.

Son recours alors est là vérité pour laquelle on se bat.

Où s’articule que l’effet de vérité tient à ce qui choit du savoir, soit à ce qui s’en produit, d’impuissant pourtant à nourrir le dit effet. Circuit pas moins voué à ne pouvoir être perpétuel qu’aucun mouvement, – d’où se démontre ici aussi le réel d’une autre énergétique.

C’est lui, ce réel, l’heure de la vérité passée, qui va s’ébrouer jusqu’à la prochaine crise, ayant retrouvé du lustre. On dirait même que c’est là la fête de toute révolution : que le trouble de la vérité en soit rejeté aux ténèbres. Mais au réel, il n’est jamais vu que du feu, même ainsi illustré.

 

(96)question VII : Gouverner, éduquer, psychanalyser sont trois gageures impossibles à tenir. Pourtant cette perpétuelle contestation de tout discours, et notamment du sien, il faut bien que le psychanalyste s’y accroche. Il s’accroche à un savoir – le savoir analytique – que par définition il conteste. Comment résolvez-vous – ou pas – cette contradiction ? Statut de l’impossible ? L’impossible, c’est le réel ?

 

réponse : Pardon si, de cette question encore, je n’atteins la réponse qu’à la rhabiller de mes mains.

Gouverner, y éduquer, psychanalyser sont gageures en effet, mais qu’à dire impossibles, on ne tient là que de les assurer prématurément d’être réelles.

Le moins qu’on puisse leur imposer, c’est d’en faire la preuve.

Ce n’est pas là contester ce que vous appelez leur discours. Pourquoi le psychanalyste en aurait-il au reste le privilège, s’il ne se trouvait les agencer du pas, le même qu’il reçoit du réel, à pousser le sien ?

Notons que ce pas, il l’établit de l’acte même dont il l’avance ; et que c’est au réel dont ce pas fait fonction, qu’il soumet les discours qu’il met au pas de la synchronie du dit.

S’installant du pas qu’il produit, cette synchronie n’a d’origine que de son émergence. Elle limite le nombre des discours qu’elle assujettit, comme j’ai fait au plus court de les structurer au nombre de quatre d’une révolution non permutative en leur position, de quatre termes, le pas de réel qui s’en soutient étant dès lors univoque dans son progrès comme dans sa régression.

Le caractère opératoire de ce pas est qu’une disjonction y rompt la synchronie entre des termes chaque fois différents, justement de ce qu’elle soit fixe.

À la vérité là n’a lyse à faire de son nom ce qui, dans le proverbe que vous agitez après Freud, s’appelle guérir et qui fait rire trop gaiement.

Gouverner, éduquer, guérir donc qui sait ? par l’analyse, le quatrième à y rabattre d’y faire figure de Lisette : c’est le discours de l’hystérique.

Mais quoi ! l’impossibilité des deux derniers s’en proposerait-elle sous le mode d’alibi des premiers ? Ou bien plutôt de les résoudre en impuissance ?

(97)Par l’analyse, là n’a lyse, permettez ce jeu encore, que l’impossibilité de gouverner ce qu’on ne maîtrise pas, à la traduire en impuissance de la synchronie de nos termes : commander au savoir. Pour l’inconscient, c’est coton.

Pour l’hystérique, c’est l’impuissance du savoir que provoque son discours, à s’animer du désir, – qui livre en quoi éduquer échoue.

Chiasme frappant de n’être pas le bon, sinon à dénoncer d’où les impossibilités se font aise à se proférer en alibis.

Comment les obliger à démontrer leur réel, de la relation même qui, à être là, en fait fonction comme impossible ?

Or la structure de chaque discours y nécessite une impuissance, définie par la barrière de la jouissance, à s’y différencier comme disjonction, toujours la même, de sa production à sa vérité.

Dans le discours du maître, c’est le plus-de-jouir qui ne satisfait le sujet qu’à soutenir la réalité du seul fantasme.

Dans le discours universitaire, c’est la béance où s’engouffre le sujet qu’il produit de devoir supposer un auteur au savoir.

Ce sont là vérités, mais où se lit encore qu’elles sont pièges à vous fixer sur le chemin d’où le réel en vient au fait.

Car elles ne sont que conséquences du discours qui en provient.

Mais ce discours, il a surgi de la bascule où l’inconscient, je l’ai dit, fait dynamique à le faire fonction en « progrès », soit pour le pire, sur le discours qui le précède d’un certain sens rotatoire.

Ainsi le discours du maître trouve sa raison du discours de l’hystérique à ce qu’à se faire l’agent du tout puissant, il renonce à répondre comme homme à ce qu’à le solliciter d’être, l’hystérique n’obtenait que de savoir. C’est au savoir de l’esclave qu’il s’en remet dès lors de produire le plus-de-jouir dont, à partir du sien (du sien savoir), il n’obtenait pas que la femme fût cause de son désir (je ne dis pas : objet).

D’où s’assure que l’impossibilité de gouverner ne sera serrée dans son réel qu’à travailler régressivement la rigueur d’un développement qui nécessite le manque à jouir à son départ, s’il le maintient à sa fin.

C’est au contraire d’être en progrès sur le discours universitaire que le discours de l’analyste lui pourrait permettre de cerner (98)le réel dont fait fonction son impossibilité, soit à ce qu’il veuille bien soumettre à la question du plus-de-jouir qui a déjà dans un savoir sa vérité, le passage du sujet au signifiant du maître.

C’est supposer le savoir de la structure qui, dans le discours de l’analyste, a place de vérité.

C’est dire de quelle suspicion ce discours doit soutenir tout ce qui se présente à cette place.

Car l’impuissance n’est pas la guise dont l’impossible serait la vérité, mais ce n’est pas non plus le contraire : l’impuissance rendrait service à fixer le regard si la vérité ne s’y voyait pas au point de s’envoyer… en l’air.

Il faut cesser ces jeux dont la vérité fait les frais dérisoires.

Ce n’est qu’à pousser l’impossible en ses retranchements que l’impuissance prend le pouvoir de faire tourner le patient à l’agent.

C’est ainsi qu’elle vient en acte en chaque révolution dont la structure ait pas à faire, pour que l’impuissance change de mode bien entendu.

Ainsi le langage fait novation de ce qu’il révèle de la jouissance et surgir le fantasme qu’il réalise un temps.

Il n’approche le réel qu’à la mesure du discours qui réduise le dit à faire trou dans son calcul.

De tels discours, à l’heure actuelle il n’yen a pas des tas.

 

 

 

 

 (99)Note sur la réponse à la VIIème question.

Pour faciliter la lecture, je reproduis ici les schèmes structuraux des quatre « discours » qui ont fait cette année le sujet de mon séminaire. Pour ceux qui n’en ont pas suivi le développement.

 

Discours de « l’envers de la psychanalyse »

 

 

 



[1]. De ces réponses les quatre premières ont été diffusées par la R.T.B. (3ème programme) les 5, 10, 19 et 26 juin 1970. Elles ont été reprises par l’O.R.T.F. (France-Culture) le 7 juin 1970.