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Jean Bergeret
Jean Bergeret a suivi un parcours sinueux avant de se consacrer définitivement à la psychanalyse. Après un premier contact avec la psychiatrie dans le cadre des essais sur le "cardiozol" (ancêtre chimique des électrochocs) qui le rebute franchement, il s'oriente vers la pédiatrie. Ses études sont toutefois interrompues par le seconde guerre mondiale alors qu'il s'engage activement dans la résistance puis dans l'armée française sur le front d'Italie. À la fin de la guerre, Jean Bergeret s'installe à Rabat au Maroc où il fait la rencontre du psychanalyste Henri Foissin, spécialiste du Rorschach, qui l'initie à la psychanalyse à l'Institut de psychanalyse de Casablanca. C'est sur le divan de René Laforgue qui avait trouvé refuge au Maroc après la guerre que Jean Bergeret fit son analyse. En 1957 il retourne à Lyon où il fonde, avec Charles Nodet, J. Cosnier et quelques autres le Groupe lyonnais de Psychanalyse. Il fera par la suite une seconde analyse à Paris chez Jean Favreau. Le nom de Bergeret est étroitement associé aux travaux sur les états limites. Son livre La dépression et les états limites publié en 1975 a considérablement marqué la pensée française dans sa conception de cette pathologie comme absence de structuration psychique, s'opposant aux travaux de Kernberg qui parle d'une structure borderline. Les travaux de Bergeret ont fortement contribué à dégager la psychanalyse française d'une vision exclusivement névrotisante de la symptomatologie non-psychotique. Plus récemment, Jean Bergeret a poursuivi l'élaboration de son œuvre personnelle dans la continuité de sa remise en questionnement de la métapsychologie freudienne en construisant autour du concept de violence fondamentale (instinct de survie) dont il fait l'un des pivots du développement psychique. Cette partie de son oeuvre est très originale et l'amène à élaborer une conception renouvelée du narcissisme, de l'homosexualité et de la sexualité infantile. Ses prochains travaux permettront de mieux juger de l'importance de ces vues.
Serge VidermanSerge Viderman (1916-1991) a joué au sein de la communauté analytique française le rôle d'un empêcheur de penser en rond. D'un brillant esprit critique, dans le sens le plus riche du terme, Viderman s'est appliqué à ébranler les belles certitudes tant dans la clinique et la théorie que dans les institutions. Membre de la Société Psychanalytique de Paris, Viderman a souvent été impliqué avec René Major et Conrad Stein dans les diverses organisations visant à abattre les murs construits entre les différentes institutions. Plus encore, ses travaux sur la construction de l'espace analytique sont venus s'attaquer au cœur même du dogmatisme en démontrant la futilité de notions comme la vérité historique. Viderman a quitté sa Roumanie natale à l'âge de dix-huit ans pour échapper au contingentement des juifs à l'université. Il s'installe à Rouen où il entreprend ses études de médecine et de psychiatrie. Bousculé par le début de la deuxième, il se joint à la Résistance, est capturé par la Gestapo mais réussit à s'en tirer grâce à une brillante ruse. Après la guerre il occupe diverses fonctions en province, se marie puis s'établit comme médecin généraliste dans de petites villes, cherchant à se rapprocher de Paris. C'est sous les conseils de Bela Grunberger que Viderman commence une analyse chez Nacht. Il deviendra membre de la S.P.P. peu après la scission de 1953.
Michel de M'Uzan
Déjà impliqué dans le domaine de la psychosomatique depuis les années cinquante, cet ancien analysant de Maurice Bouvet, membre titulaire de la Société Psychanalytique de Paris, a participé en 1972, avec Pierre Marty, Michel Fain, Denise Braunschweig, Christian David et C. Parat, à la fondation de l'institut de psychosomatique de Paris qui a mis en évidence le travail colossal effectué en France par les psychanalystes psychosomaticiens. Michel de M.Uzan a publié en 1963 L'investigation psychosomatique, avec Pierre Marty et Christian David. En 1977 il publiait De l'art à la mort puis récemment, en 1994, La bouche de l'inconscient. Il a aussi publié un nombre impressionnant d'articles psychanalytiques et de médecine, en plus d'un certain nombre de textes littéraires. René HeldHomme de grande culture, René Held (1897-1992) a mené de front une brillante carrière psychiatrique et une pratique analytique variée. Touche à tout, on le retrouve mêlé à la révolution russe de 1917 puis au mouvement surréaliste. Il aurait décliné l'invitation de participer à la fondation de la Société Psychanalytique de Paris mais s'est impliqué dans le groupe de L'Évolution Psychiatrique avec Henri Ey. Né à Paris de parents venus de Russie, René Held a acquis ses galons à la sueur de son front. Devenu médecin psychiatre, il traversa avec détermination les années d'occupation, ne craignant pas de se désigner comme juif mais refusant de porter l'étoile jaune. Échappant à une rafle, il entre dans la clandestinité. Ce n'est qu'après la guerre qu'il entreprend une analyse avec John Leuba et un contrôle avec Nacht. Élu membre de la S.P.P. en 1947, il s'impliquera surtout dans le domaine de la psychosomatique. Evelyn KestembergEvelyn Kestemberg (1918-1989) a connu une brillante carrière psychanalytique. Après s'être exilée au Mexique pour fuir l'occupation nazie, elle est revenue en France, avec son mari Jean Kestemberg rencontré là-bas, pour y entreprendre sa formation d'analyste. Analysée par Marc Schlumberger, elle eut un contrôle avec Nacht qui, tout en l'estimant beaucoup, s'opposera longtemps à son titulariat parce qu'elle n'était pas médecin. Ses nombreux travaux ont porté tour à tour sur les traitements de groupe, le psychodrame, l'adolescence, les troubles alimentaires et ce qu'il est convenu d'appeler les psychoses froides. Elle a été présidente de la Société Psychanalytique de Paris de 1972 à 1974 et a participé à la mise sur pieds de la Fédération Européenne de Psychanalyse. Octave MannoniNé en France de parents originaires de Corse, Octave Mannoni (1899-1989) fait partie du petit groupe de ceux qui ont su garder une indépendance de pensée tout en suivant fidèlement Lacan. Après une jeunesse tumultueuse, Mannoni prend la route de L'Afrique et séjournera plus de vingt ans à Madagascar où il occupe diverses fonctions tout en se livrant à des travaux ethnologiques. De retour en France après la deuxième guerre mondiale, il entreprend une analyse chez Lacan et s'initie à la pratique clinique. Au travers des différentes scissions, Mannoni adopte toujours le camp de Lacan. En 1982, après la dissolution de l'École Freudienne, il fonde avec sa femme Maud Mannoni et Patrick Guyomard le Centre de Formation et de Recherches Psychanalytiques (C.F.R.P.). Ses travaux sont variés et embrassent l'ethnologie, la clinique, l'étude biographique et les réflexions philosophiques. Joyce McDougallJoyce McDougall a élaboré une œuvre qui se situe au confluent des pensées britannique et française. Cette néo-zélandaise d'origine a d'abord fait une partie de sa formation en Angleterre à la Hampstead Clinic auprès d'Anna Freud avant de s'établir en France où elle est devenue une des grandes figures de la psychanalyse française. Analysée sur le divan de Schlumberger, contrôlée par Bouvet et Bénassy puis par René Diatkine (pour les adolescents), Joyce McDougall est membre de la Société Psychanalytique de Paris au sein de laquelle elle a occupé diverses fonctions. Elle est généralement associée à l'aile la plus libérale de la SPP.
Peu portée vers la réflexion métapsychologique poussée, elle se verra parfois suspectée de manquer de rigueur. Son souci de rendre ses livres compréhensibles à tous lui a fait adopter une langue simple et claire et une démarche où, plus que la théorie pure, les vignettes cliniques, plus vivantes, lui semblent davantage aptes à transmettre les concepts. Elle a d'abord publié Dialogues avec Sammy (1960), un cas présenté dans un séminaire de Serge Lebovici, Plaidoyer pour une certaine anormalité (1978), Théâtres du Je (1982), Théâtres du corps (1989) et Éros aux mille visages: la sexualité en quête de solutions (1996).
François RoustangFrançois Roustang a marqué toute une génération de psychanalystes français lorsqu'il a publié ce qui reste son œuvre la plus marquante, Un destin si funeste, en 1976. Membre de l'École freudienne de Paris à l'époque, François Roustang met en évidence dans cette œuvre magistrale les dangers propres aux institutions psychanalytiques et aux questions reliées à la transmission du savoir en psychanalyse. Dans un style vivant et limpide, il examine les relations entretenues entre Freud et ses premiers disciples et met en lumière les manifestations transférentielles qui interfèrent avec le développement d'une pensée originale et personnelle. Si déjà un tel programme est riche en enseignements, l'examen qu'il fait du fonctionnement du groupe lacanien en particulier était de nature à faire des vagues, ce que la publication de son livre n'a pas manqué de provoquer. La réflexion qu'il apporte, même si elle est valable pour tous les analystes et toutes les organisations, était perçue à l'époque comme une attaque directe à Lacan et ses disciples dont plusieurs se bornaient à répéter la parole du Maître. François Roustang a poursuivi sa réflexion dans le livre ...Elle ne le lâche plus. Il a eu un parcours assez particulier puisque c'est en tant que père Jésuite qu'il s'était joint au groupe lacanien. Son analyse avec Serge Leclaire l'a amené à quitter la Compagnie de Jésus et à se marier. Suite à la dissolution de l'École freudienne en 1980, François Roustang s'est peu à peu intéressé à l'hypnose, si bien que sa pratique actuelle se limite à l'hypnothérapie.
Nicolas Abraham
De formation philosophique, polyglotte doté d'une vaste culture, Nicolas Abraham s'est passionné pour œuvre de Freud et a entrepris une psychanalyse sur le divan de Bela Grunberger. S'il fut reçu en tant que membre affilié à la Société Psychanalytique de Paris, il ne sera pas accepté entant qu'adhérent en raison de l'intervention, à l'encontre des règlements, de son analyste dans le processus de nomination. Ces événements hanteront longtemps le fonctionnement de la S.P.P. et seront alimentés par les prises de position de René Major et de quelques autres. L'œuvre de Nicolas Abraham est d'une grande originalité et s'est développée en marge des grands courants de la psychanalyse française. Profondément ancrée dans les œuvres de Freud et Ferenczi, la pensée de Nicolas Abraham tire ses sources de sa formation philosophique et particulièrement des travaux de Husserl qui l'ont profondément marqué. La rencontre de Jacques Derrida en 1959 et l'amitié profonde qui unira ces deux penseurs sera un facteur primordial dans le développement de sa pensée en lui offrant un interlocuteur qui partageait ses passions. La pensée de Nicolas Abraham restera toujours en marge du mouvement lacanien en proposant une relecture rigoureuse et créative de œuvre freudienne. Il proposera quelques concepts originaux autour des quels il construira l'essentiel de son œuvre. Il reprendra de Ferenczi l'élaboration du concept d'incorporation qu'il articulera avec ceux de traumatisme, de symbole mais aussi d'écorce et de noyau, d'anasémie, de crypte et de transphénoménologie. Adrien Borel
S'il fut président de la Société Psychanalytique de Paris de 1932 à 1934, analyste de Georges Bataille puis de Michel Leiris, Adrien Borel est toujours demeuré un psychanalyste peu convaincu, ecclectique faisant surtout confiance à son humanisme. Après la seconde guerre mondiale, Borel s'est retiré de la S.P.P. et a abandonné la psychanalyse. Il s'est marié à 54 ans et a consacré le reste de sa vie à diverses activités. Au cours des années cinquante, Borel a joué au cinéma dans l'adaptation cinématographique par Robert Bresson du roman de Bernanos Journal d'un curée de campagne.
Anne Berman
Devenue membre adhérente de la Société Psychanalytique de Paris en 1927, Anne Berman se consacra à la traduction de plusieurs oeuvres de Freud et de Ernest Jones. On lui connait peu de travaux personnels et son rôle fut celui d'un acteur de soutien.
Autres portraits de la psychanalyse française (1) et (3) (4) et (5)
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