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Sacha Nacht

S. Nacht     Sacha Nacht (1901-1977) a souvent été décrit comme une sorte de dictateur au sein de la Société Psychanalytique de Paris. Marie Bonaparte disait de lui qu'il était une sorte de gangster. De fait, Nacht a surtout laissé sa marque par les fonctions administratives qu'il a assumées. Longtemps président de la S.P.P., Nacht a vigoureusement défendu une vision très médicale de la formation et de la pratique psychanalytique. En ce sens, il a été au cœur de la grande rupture de 1953 qui a amené Lagache et Lacan à créer la Société Française de Psychanalyse pour s'opposer à la fois aux manières de Nacht et à sa vision de la formation des analystes. 

    Nacht a certes eu l'immense mérite de mettre de l'ordre dans une société où la rigueur n'était pas toujours de mise. En fait, il aura fallu attendre l'après deuxième guerre pour que se développe en France une véritable psychanalyse qui arrivera à se détacher de ses affiliations religieuses ou jungniennes. Si Nacht faisait parfois peur et choquait par ses manœuvres, il était une personne fiable et crédible qui a laissé en héritage une structure solide dont la rigidité causera bien des maux de tête aux générations suivantes. 

   Sacha Nacht a reçu une formation médicale spécialisée en psychiatrie avant d'entreprendre une analyse avec Rudolf Loewenstein. Il fera par la suite des tranches d'analyse chez René Spitz, Heinz Hartmann et Freud lui-même. C'est en 1929 qu'il fut nommé titulaire à la SPP sans toutefois recueillir l'unanimité des voix, ce qui était pourtant la coutume. Il travailla longtemps à Ste-Anne où il assuma la direction du laboratoire de psychothérapie et de psychanalyse. Il fut un grand défenseur des visées thérapeutiques de la psychanalyse.

 

 

René Laforgue

René Laforgue     René Laforgue (1894-1962) sera un des premiers à promouvoir la psychanalyse en France. Un peu comme Angelo Hesnard, il ne répugnera pas à modeler cette théorie selon les goûts nationaux. Médecin, il entreprendra une brève analyse didactique auprès de Eugénie Sokolnicka et débutera une pratique souvent hétéroclite qui aura la particularité de déboucher sur une sorte d'amicale des analysés de Laforgue. Ce groupe jouera un rôle important dans les querelles institutionnelles qui secoueront la psychanalyse française en formant un bloc généralement solidaire.

    Au fil des ans, il intégrera dans sa pensée des éléments plus ou moins ésotériques et s'éloignera graduellement du freudisme. 

 

 

 

Marie Bonaparte

Marie Bonaparte     Seule du groupe français à pouvoir se réclamer d'une analyse avec Freud, Marie Bonaparte (1882-1962) est devenue dès son arrivée à Paris en 1926 un des principaux piliers de cette jeune discipline. La princesse de Grèce et du Danemark, en raison de son mariage avec le fils du roi Georges 1er de Grèce, a eu une histoire personnelle fort compliquée qu'elle a rendue publique par la publication d'une autobiographie très intime et de cahiers d'enfance révélateurs. Il n'est pas surprenant que cette dame tourmentée ait décidé suite à son analyse avec Freud de se consacrer entièrement à défendre et propager la psychanalyse. 

    Marie Bonaparte est maintenant surtout associée à deux importants faits d'arme: la sauvegarde de la correspondance Freud-Fliess et le départ, en 1939, de Freud et sa famille d'une Autriche devenue nazie, grâce à l'autorité, le prestige, les relations et l'argent de la princesse. En France, l'appuie de Marie Bonaparte a longtemps été un gage d'orthodoxie dans les querelles qui ont déchiré la communauté analytique. Son amitié avec Anna Freud lui conférait un poids important au sein de l'International Psycho-Analytic Association. Elle a d'autre part produit une œuvre considérable dont il reste aujourd'hui bien peu. 

 

Serge Leclaire

    Serge Leclaire, né Liebschutz, est originaire de Strasbourg, dans une Alsace occupée alors par les allemands. Juifs agnostiques, les Liebschutz quittent l'Alsace vers 1936, pressentant la venue de la guerre et des persécutions, et s'établissent à Bordeaux puis à Lyon où ils vivront plus ou moins cachés, protégés Serge Leclairepar les faux papiers acquis par le père au nom de Leclaire. De retour à Paris vers la fin de la guerre, il termine des études en médecine. Il est initié à la psychanalyse par l'entremise d'un moine hindou. Il consulte Françoise Dolto qui le recommande à Jacques Lacan avec qui il entreprend une analyse qui durera environ quatre ans. 

    Serge Leclaire joue un rôle actif avec son copain d'enfance Wladimir Granoff dans la contestation des stagiaires qui déclenchera la rupture de 1953. Il prend alors une place importante au sein de la Société Psychanalytique de France en faisant partie de la troïka avec Granoff et Perrier qui sera chargée de négocier la reconnaissance de l'International Psychoanalytic Association. Leclaire sera déchiré par la conclusion de toutes ces tractations qui auront pour effet d'isoler Lacan et Dolto, de précipiter l'effondrement de la S.P.F. et la création de l'Association Psychanalytique de France

    Serge Leclaire sera dans ce contexte fidèle à son maître et suivra Lacan dans l'aventure de l'École Freudienne de Paris. Fidèle oui mais jamais soumis car Leclaire sera un de ceux qui sauront conserver leur indépendance et qui élaboreront une œuvre personnelle. 

 

 

Daniel Lagache

D. Lagache     Daniel Lagache (1903-1972) a pu apparaître à plusieurs comme le laissé pour compte des grandes bagarres qui ont soulevé la communauté analytique française. Opposé au puissant Nacht et au flamboyant Lacan, Lagache a pu sembler terne. De fait, Lagache est un universitaire rigoureux, psychologue de formation, qui produira une œuvre sérieuse et bien rangée, minutieuse mais peu apte à soulever la passion d'éventuels disciples. Ce n'est certes pas un défaut pour un analyste d'être d'une rigueur peu accrocheuse, mais, dans les tractations où la popularité et le prestige sont un atout, Lagache a été désavantagé.

    Dans les divisions institutionnelles, Lagache a profité de l'appui de ceux qui, ne pouvant tolérer la présence écrasante de Nacht, ne pourront se résoudre à s'associer au peu fiable Lacan. En 1953, Lagache et Lacan seront unis contre Nacht mais cette union ne tiendra que peu de temps, le groupe de Lagache se séparant de Lacan en 1964 pour former l'Association psychanalytique de France. 

    Lagache a laissé une œuvre peu connue du public qui n'attire que les spécialistes. Il est toutefois l'initiateur de la publication du célèbre Vocabulaire de la psychanalyse de Laplanche et Pontalis. 

 

Jacques Lacan

Il est particulièrement difficile de parler de Jacques Lacan, surtout dans le cadre d'une présentation brève car il s'agit d'un personnage complexe qui a soulevé les passions. Génie pour les uns, imposteur pour d'autres, il est certes celui qui a dominé le paysage psychanalytique français jusqu'à tout récemment. Même les différentes structures institutionnelles qui se sont constituées au fil des ans l'ont en grande partie été en fonction de lui. 

     Jacques-Marie Émile Lacan (1901-1981) provient d'une famille bourgeoise de province. Il a fait des études en médecine puis s'est tourné vers la pratique psychiatrique. Marginal, séducteur, provoquant, Lacan assimilera tout autant l'enseignement de Gaëtan Gatien de Clérambault que celui du philosophe Alexandre Kojève, préparant ainsi ses élaborations théoriques originales qui porteront toujours le sceau d'une réflexion philosophique. 

    Analysé sur le divan de Rudolf Loewenstein, comme Nacht et Lagache à qui il aura à se confronter plus tard, Lacan effectue sa grande entrée sur la scène de la psychanalyse internationale lors du congrès de Marienbad par la présentation de son texte sur le stade du miroir. Lacan inaugurait ainsi une façon de théoriser la psychanalyse qui allait désormais porter sa marque. Écrite dans un style alambiqué, la pensée de Lacan tirera toujours sa matière de la fécondation d'autres disciplines. L'inspiration trouvée alors chez Henri Wallon fera place à diverses autres sources au premiers rangs desquelles il faudrait placer la linguistique de Ferdinand de Saussure et de Roman Jacobson. 

    Jacques Lacan a fondé en 1964, après une série de ruptures, l'École Freudienne de Paris qui se place en marge de l'International Psycho-Analytic Association et qui dominera de son éclat et par ses déchirements la scène analytique française. Lacan sera le grand inspirateur de cette vaste expérience analytique et intellectuelle que sera l'École jusqu'à sa dissolution en 1980. Souvent attaqué en raison de son aspect théâtral et tapageur, l'enseignement de Lacan, difficile à aborder, commence, suite au décès du maître en 1981, à se répandre et à trouver sa place dans la réflexion analytique en se dégageant des phénomènes de transfert et d'idéalisation qui lui ont souvent nui. 

 

 

Françoise Dolto

    Françoise Marette Dolto (1908-1988) a été l'une des plus grandes têtes d'affiche de la psychanalyse française, dans le sillage de Jacques Lacan. Originaire de la grande bourgeoisie parisienne, elle a reçu une éducation stricte, imprégnée d'un catholicisme rigoureux. Elle sera fortement marquée par le décès de sa sœur aînée au début de l'adolescence et par les drames de la première guerre mondiale. Dès son jeune âge, elle décide de devenir médecin d'éducation

    S'opposant aux exigences de son milieu, Françoise Dolto entreprend des études pour devenir infirmière puis bifurque vers la médecine. Sur le conseil de Marc Schlumberger, elle s'intéresse à l'oeuvre de Freud et débute une analyse avec René Laforgue qui durera trois ans et fera d'elle une chrétienne convaincue, selon ses propres dires, ce qui n'est pas banal. En fait, Dolto s'insérera fort bien dans le petit groupe des analysés de Laforgue dont elle partagera souvent les prises de position. 

    Rapidement, Françoise Dolto s'oriente vers la pratique auprès des enfants. Elle participera aux séminaires de Spitz, Nacht et Loewenstein et fera ses contrôles auprès de Hartmann, Garma et Loewenstein. Elle partagera dès lors son temps entre son travail en milieu hospitalier, sa pratique privée et son enseignement. Elle s'illustrera par sa tendance à accorder au langage une importance primordiale et développera peu à peu une technique très personnelle axée sur les mots et faisant place à une grande liberté. 

    Lors de la rupture de 1953 à la Société Psychanalytique de Paris, Françoise Dolto sera du camps de Lagache et Lacan et participera à l'aventure de la Société Française de Psychanalyse. Il s'avérera toutefois par la suite que la reconnaissance du groupe par les instances internationales se heurtera non seulement aux pratiques de Lacan mais aussi à la présence de Dolto dans le groupe des didacticiens. Elle suivra donc Lacan en 1964 dans la création de l'École Freudienne de Paris. 

 

 

Jean Laplanche

    Jean Laplanche occupe une place importante dans la vie psychanalytique française, tant par ses enseignements que par ses fonctions éditoriales aux Presses Universitaires de France et dans quelques périodiques. Fortement impliqué depuis de nombreuses années dans la publication des textes de Freud, ce germaniste de grande culture incarne l'image du retour à Freud tant prêché en France par Lacan. 

Jean Laplanche    D'abord formé à la philosophie, élève de Jean Hyppolite, Laplanche entreprend une analyse avec Lacan peu avant la scission de 1953. C'est lui qui lui conseillera de faire des études en médecine pour devenir analyste. Laplanche assistera aux séminaires de Lacan durant les premières années et en conservera l'idée d'une démarche de remise en question du texte freudien pour en faire ressortir les points de rupture, ce qu'il décrit sous le nom de problématiques. 

    Après avoir suivi Lacan et Lagache dans l'aventure de la Société Française de Psychanalyse, Laplanche rompra avec Lacan et, en 1964, choisira de se joindre à l'Association Psychanalytique de France dont il deviendra l'un des plus illustres représentants. D'une vaste culture psychanalytique et générale, Laplanche a fait une brillante carrière universitaire. Sa rigueur de pensée et son habileté à étudier et interpréter les textes freudiens font de lui un des principaux exégètes de Freud. 

    Jean Laplanche a publié avec J.B. Pontalis le célèbre Vocabulaire de la Psychanalyse qui a marqué toute une époque et demeure un ouvrage de référence de premier plan. Il est l'auteur du brillant livre Vie et Mort en Psychanalyse où il réexamine la théorie des pulsions. Ses enseignements sont publiés depuis plusieurs années sous le titre général de Problématiques.  Plus récemment, il a publié un recueil de ses travaux sous le titre de "La révolution copernicienne inachevée" et aussi un livre d'une grande importance intitulé "Nouveaux fondements pour la psychanalyse" qui révèle une pensée laplanchienne très personnelle. 

 

 

Piera Aulagnier

    La pensée de Piera Aulagnier constitue probablement l'un des plus importants apports français au corpus psychanalytique international. Son Oeuvre, encore assez méconnue au delà de quelques concepts souvent utilisés de façon très approximative, est assez difficile à aborder, non pas en raison de quelque artifice de style, mais à cause de l'extrême densité des idées exprimées. 

    Native de Milan, Piera Aulagnier (1923-1990) a reçu sa formation médicale à Rome après avoir séjourné quelques années en Égypte durant la deuxième guerre mondiale. C'est toutefois en France, à Paris, qu'elle fit carrière et qu'elle entra en analyse sur le divan de Jacques Lacan. Piera Aulagnier a suivi Lacan dans les diverses scissions qui ont marqué l'histoire de la psychanalyse française et elle avait déjà acquis une stature importante au sein de l'École Freudienne de Paris lorsqu'en 1969 elle rompit avec ce mouvement pour fonder avec Jean-Paul Valabrega et François Perrier le Quatrième Groupe. 

    Fortement indépendante de pensée et préoccupée par les nombreux écueils compliquant la formation des analystes, Piera Aulagnier a conçu une œuvre très personnelle où elle ne fait pas mystère de sa dette envers Lacan sans adopter la position de disciple lacanien. Il est à noter que Piera Aulagnier, comme plusieurs de son groupe d'ailleurs, a conçu son œuvre dans une sorte d'extra-territorialité institutionnelle et idéologique tout en maintenant des relations positives avec les autres groupes (lacaniens comme ipéistes). 

    L'oeuvre de Piera Aulagnier s'articule autour de la notion du Je, concept qui transcende le Moi freudien et le Sujet lacanien. La question de l'identité y est posée de façon radicale, à la lumière de sa clinique des psychoses et il n'est pas surprenant dans un tel contexte qu'une réflexion sur la pensée et son origine traverse l'ensemble de l'oeuvre. Piera Aulagnier propose certaines extensions à la métapsychologie freudienne, particulièrement en ajoutant l'originaire aux organisations primaires et secondaires. 

 

Serge Lebovici

    Serge Lebovici est l'une des grandes figures de la psychanalyse française. Ses travaux nombreux concernant l'analyse des enfants ont fait de lui un des initiateurs du traitement psychanalytique des enfants en France. Lebovici contribua à faire connaître en France les auteurs britanniques tels Klein et Winnicott. 

Serge Lebovici     Seul français à avoir été président de l'International Psychoanalytic Association, Serge Lebovici a occupé de nombreuses fonctions prestigieuses au sein de la communauté psychanalytique tant dans les institutions que dans l'édition. Né en 1915, aîné des trois enfants d'une famille d'immigrants roumains, Serge Lebovici était destiné à suivre les traces de son père et à s'orienter vers la médecine. C'est en tant que jeune médecin qu'il servira durant la deuxième guerre mondiale, sera fait prisonnier puis relâché. Il passera le reste de la guerre à Paris grâce à des papiers qu'il a pu se procurer par des amis. Son père sera toutefois arrêté puis déporté pour ne plus revenir. Il sauvera sa femme dans un ultime geste de bravoure. 

    C'est au sortir de la guerre que Lebovici entreprend une analyse chez Sacha Nacht. Durant un temps, Lebovici aura à se justifier d'avoir pris certaines positions critiques face à la psychanalyse alors qu'il était un sympathisant communiste. Destiné par son père à la pédiatrie, intéressé personnellement par la psychiatrie, Lebovici trouvera sa voie dans celle du compromis et deviendra psychiatre puis psychanalyste d'enfants. Impliqué au sein de la Société Psychanalytique de Paris, Lebovici poursuivra en parallèle une carrière hospitalière qui l'amènera à participer, à l'hôpital pour Enfants malades, à la fondation du mouvement pour l'analyse des enfants avec, entre autres, René Diatkine, Jean et Evelyne Kestemberg. 

    L'oeuvre de Serge Lebovici devra une part de son originalité au fait que l'analyse des enfants s'est développée en France en marge des grandes oppositions entre kleiniens et annafreudiens. Son intérêt pour les interactions précoces entre le nourrisson et sa mère colorera une grande partie de ses œuvres. 

    Dans la foulée des ruptures qui ont marqué l'histoire de la psychanalyse française, Lebovici a continuellement défendu la voie officielle et s'est fait défenseur de l'ordre établi. Il a été l'un des principaux critiques de Lacan et du lacanisme. 

 

 

René Diatkine

René Diatkine   Le parcours de René Diatkine (1918-1998), l'une des figures les plus importantes de la psychanalyse française, est étroitement lié aux événements marquants de ce siècle qui s'achève. René Diatkine naît à Paris en 1918, fin de la première guerre mondiale, de parents juifs russes et révolutionnaires ayant fui la Russie au début du siècle pour trouver refuge en France via la Suisse (où ils étaient, semble-t-il, voisins de Lenine). C'est la seconde grande guerre qui l'oblige à interrompre ses études en médecine pour s'enrôler dans l'armée. Sous l'occupation allemande, il effectue son internat à Marseille où il rencontre Rudolf Loewenstein qui l'intéresse à la psychanalyse.

   D'un esprit curieux et ouvert, René Diatkine a été profondément marqué par les travaux de Henri Ey, grand penseur de la psychiatrie française du milieu du siècle, et de Julian de Ajuriaguerra, dont il fut un ami personnel. C'est toutefois vers la psychanalyse qu'il choisit d'aller, faisant d'abord une analyse chez Lacan (avant la scission de 1953) puis sur le divan de Nacht quelques années plus tard. Il devint membre de la SPP au milieu de la trentaine.

   C'est le souvenir des conditions déplorables dans lesquelles étaient gardés les malades mentaux en milieux asilaires qui marquera profondément toute la démarche intellectuelle de René Diatkine. Il n'est pas surprenant que, ayant complété ses études en psychiatrie et entrepris sa pratique, Diatkine s'implique profondément dans le mouvement initié par Philippe Paumelle, Serge Lebovici et quelques autres dans la mise sur pied du Service d'aide à la santé mentale du XIIIe arrondissement de Paris dont les idées de base étaient le respect et l'aide à apporter aux malades et à ses proches. Avec Serge Lebovici, principalement, il contribuera à jeter les bases d'une conception originale de la psychanalyse des enfants, s'alimentant aux travaux de Anna Freud et à ceux de Klein sans jamais se positionner en disciple.

   Pendant de nombreuses années, René Diatkine, en compagnie de sa femme Denise et de plusieurs autres, vont animer le Centre Alfred-Binet consacré au traitement des enfants. L'approche de Diatkine se veut rigoureuse et soucieuse d'intégrer les récents développements de la psychiatrie à l'élaboration d'une conception psychanalytique de l'intervention auprès des enfants. Diatkine a aussi contribué, avec Lebovici et Evelyne Kestemberg, au développement du psychodrame psychanalytique des enfants et des adultes.

   René Diatkine a assumé au cours de sa longue carrière de nombreux postes de direction tant au sein des institutions psychanalytiques que dans le domaine de l'édition de périodiques et de l'édition scientifique. Sa pensée a marqué la psychanalyse française, surtout en ce qui a trait au travail auprès des enfants, par son originalité et son ouverture sur le monde.

 

 

 

Didier Anzieu

    La carrière de Didier Anzieu (1922-1999) a été bien remplie. Il s'est intéressé à des domaines variés, de l'étude du Rorschasch aux enveloppes psychiques en passant par le psychodrame, l'étude littéraire (Beckett) et bien d'autres. Psychologue de formation, Anzieu a poursuivi une brillante carrière universitaire, comme d'ailleurs plusieurs de ses collègues de l'Association Psychanalytique de France. 

    Homme d'esprit, d'un grand humanisme et au sens de l'humour raffiné, Anzieu était prédestiné à devenir analyste puisqu'il était le fils de la célèbre Aimée, patiente fétiche de Jacques Lacan à propos de laquelle il avait fait sa thèse de doctorat. Après de longues études faites avec passion, Anzieu se met à s'intéresser à la psychanalyse et, sous les conseils de Lagache, décide d'entreprendre une analyse. Ignorant tout de l'implication de Lacan dans son histoire familiale, il choisit, comme plusieurs à l'époque, son divan. Il découvrira toute l'histoire au hasard d'une conversation. 

    Prenant peu à peu du recul face à son analyste qui lui semble négliger le transfert, Anzieu est parmi les premiers au sein de la Société Française de Psychanalyse à affronter le Maître. En 1964, Anzieu sera clairement du côté de l'Association Psychanalytique de France où il poursuit toujours sa carrière. 

    Parmi les principales contributions de Anzieu à la psychanalyse, il faut citer le concept du Moi-peau qui a évolué peu à peu vers la notion des enveloppes psychiques. Il a aussi publié un travail passionnant sur l'auto-analyse de Freud, ouvrant à l'époque la voie à une nouvelle façon de concevoir les textes freudiens. 

 

 

Maurice Bouvet

    Né à Clermont-Ferrand d'un père militaire, Maurice Bouvet fait des études qui le conduisent à la médecine puis à la psychopathologie. Jeune, il est atteint d'une inflammation des méninges qui le laissera presque aveugle et raccourcira sa vie de plusieurs années. Analysé par Parcheminey et contrôlé par Nacht et Leuba, il devient analyste en 1946 et accède au titulariat dès 1948. 

    Maurice Bouvet était un personnage discret, mystérieux même pour ses amis, sans ambition de prestige ou de pouvoir. Ses intérêts sont tournés vers le travail clinique et s'il élabore une œuvre importante c'est sans désir de s'attirer des disciples. Dans la tourmente qui secouera la Société Psychanalytique de Paris au fil des années cinquante, Bouvet sera d'une discrétion absolue en raison de la présence sur son divan de Lagache et de quelques autres. À plusieurs reprises il se contentera d'annuler son vote, refusant de prendre partie pour un groupe ou l'autre. S'il décide finalement de rester au sein de la S.P.P. c'est surtout parce qu'il se sent à l'aise avec une vision médico-clinique de la psychanalyse. 

    Bouvet consacrera ses travaux théoriques à la remise en question de la technique de l'analyse et à l'élaboration d'une conception personnelle de la relation objectale. Plaçant le Moi au cœur de sa pratique, Bouvet s'oppose clairement à Lacan pour qui il sera une cible toute désignée. Dans son séminaire sur la relation d'objet, Lacan lancera plusieurs attaques contre un Bouvet perçu comme trop proche de l'idéal adaptatif qu'il associe à l'International Psychoanalytic Association dominée par les américains et les britanniques.

 

 

André Green

    André Green constitue actuellement l'une des plus grandes figures de la psychanalyse française. Penseur brillant et rigoureux, Green a élaboré une œuvre originale et variée s'intéressant autant à la clinique qu'à la métapsychologie. 

André Green par M. Gribinski     Les ancêtres d'André Green ont beaucoup voyagé. D'une mère portugaise et d'un père espagnol, Green grandit au cœur de la communauté juive au Caire. C'est en 1946 qu'il débarque à Paris pour y découvrir rapidement que l'on ne s'insère pas si facilement dans la société française. Il lui faudra attendre de commencer sa carrière de psychiatre à Ste-Anne pour se faire une place dans sa patrie d'adoption. C'est alors qu'il entre en relation avec des collègues de sa génération, dont Guy Rosolato, qui l'intéressent à la psychanalyse. 

    Refusant l'aventure de la Société Française de Psychanalyse nouvellement formée, Green s'adresse à la Société Psychanalytique de Paris et choisit le divan de Maurice Bouvet. En parallèle à sa formation psychanalytique, Green devient un élève de Henri Ey tout en nourrissant une véritable passion pour les arts. Impressionné par la profondeur des travaux psychanalytiques produits par les membres des institutions concurrentes, Green sera un de ceux qui seront soucieux de créer une véritable œuvre.

    Parmi ses écrits, retenons Le discours vivant (P.U.F.), consacré en grande partie à une critique de Lacan, Narcissisme de vie, narcissisme de mort (Minuit), et La folie privée (Gallimard). 

 

 

Marc Schlumberger

    Marc Schlumberger (1900-1977) a eu un itinéraire compliqué avant de devenir analyste. Orphelin en bas âge d'une mère anglaise, il souffrit de l'homosexualité de son père, le co-fondateur de la NRF. Après s'être lancé dans le forage des puits de pétrole, Schlumberger entreprend des études en médecine dans le but de devenir analyste. 

    Après une première analyse décevante avec Laforgue, il fait une deuxième tranche chez Nacht. D'un caractère original et bon vivant, Schlumberger sera un collègue estimé et aura sur son divan plusieurs analystes dont McDougall, Safouan et Granoff. Une inhibition à l'écriture a eu pour effet que ses enseignements sont aujourd'hui disparus. 

 

 

Jacques-Alain Miller

Jacques-Alain Miller    Jacques-Alain Miller est encore étudiant lorsqu'il est incité par Louis Althusser à s'intéresser à œuvre de Lacan au début des années soixante. Provenant de la mouvance militante conjuguant Freud et Marx, Miller est séduit par cette pensée liée au structuralisme qu'il est peut-être un des premiers à concevoir détachée de son rapport à Freud. En ce sens, il est un des premiers lacaniens. 

    Homme d'action, Miller occupera d'autant plus d'espace dans l'École Freudienne de Paris qu'il deviendra le gendre de Lacan. À la mort du Maître, il se posera comme l'héritier légitime de la pensée lacanienne mais sera peu à peu contesté et accusé de dénaturer œuvre de Lacan. 

 

Autres portraits de la psychanalyse française  (2)  (3)  (4) et (5)

 

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